Bon, ça se bouscule un peu en ce moment. Je ne pensais pas que "Signes"
me plairait autant et que j'irais le voir 4 fois. Parce qu'il était
prévu depuis longue date que j'aille voir un autre ballet, " La Dame au
camélias ", à l'opéra Garnier. Donc, oui ça se bouscule.
"La Dame au camélias", sur la musique de Chopin, est d'un romantisme
absolu. La chorégraphie est très classique quoique créée par John
Neumeier, un américain contemporain (les portés sont toutefois plus
physiques et plus acrobatiques que chez Petipa).
Les premiers rôles étaient tenus par les étoiles Delphine Moussin et
Manuel Legris.
Manuel Legris est un seigneur, l'un des piliers incontournables de la
danse de l'Opéra de Paris, un de ses plus grands danseurs. Manuel Legris
est un " fils " Noureev, un des préférés du maître, formé par lui et
étoilé par lui, propulsé directement du statut de danseur sujet à celui
de danseur étoile. J'étais content de le voir, il est expressif,
généreux, et totalement impliqué dans sa danse dont il maitrise toutes
les complexités techniques. Rappelez-vous, Manuel Legris, c'était
Monsieur de Charlus dans " Proust ou les intermittences du coeur ",
martyrisé dans des jeux sexuels sadomasochistes par de jeunes voyous :
http://fr.youtube.com/watch?v=npVtzNwyA-Y
Pourtant, j'aurais bien aimé voir aussi sur scène Mathieu Ganio ou Hervé
Moreau, qui alternent pour ce rôle principal, pour le romantisme naturel
qui émane de leurs personnes, et surtout Stéphane Bullion. Il n'est pas
encore étoile, le petit Stéphane, mais il est touours présent, car plus
un seul chorégraphe désormais à l'Opéra de Paris ne veut se passer de
lui. C'est qu'il a la danse dans la peau, ce garçon, une danse qui
s'appuie sur un charisme enthousiasmant et une beauté physique de
danseur tout à fait remarquable. Souvenez-vous, le petit Stéphane,
c'était Morel dans " Proust ou les intermittences du coeur ", Morel qui
séduit Saint-Loup et qui déjà, alors qu'il n'était que danseur sujet,
domptait une étoile (Mathieu Ganio)...
http://fr.youtube.com/watch?v=Pf7iv9TImt4 (Stéphane Bullion est le
danseur qui s'avance à droite au début du clip).
Ce soir, (il danse ce soir), voilà l'Armand Duval qu'il formera avec sa
partenaire Isabelle Ciaravola, (photo extraite du programme) :
http://keepi.free.fr/12157785822.jpeg
(Parenthèse : Brigitte Lefèvre, Madame la directrice de la danse, tout
dépend de vous puisque c'est votre privilège exclusif, SVP, vous qui
venez de perdre 3 danseurs étoiles, nommez Stéphane Bullion danseur
étoile cette année...et pourquoi pas, dès ce soir ?)
Comme j'étais dans une loge, (heureusement de face) j'avais amené des
jumelles car je savais que je serais un peu loin. J'ai donc pu voir
assez nettement les visages des danseurs et des danseuses. Le programme
affirme dans sa présentation du corps de ballet qu'il est l'un des plus
jeunes du monde. C'est si vrai ! Ils sont jeunes, ces danseurs et
danseuses, tellement jeunes !, et là, avec la musique de Chopin, avec
cette histoire et cette chorégraphie terriblement romantiques, leur
jeunesse rayonnait d'une beauté éclatante.
Une scène en particulier : C'est le troisième acte, Marguerite s'endort
et rêve de Manon, une héroïne qui lui ressemble. Manon entre sur scène
accompagnée de 3 garçons. Je regarde les garçons. Je les croiserais dans
la rue, serais-je frappé par leur beauté ? Je ne sais pas. Mais là, sur
la scène du palais Garnier, maquillés, costumés dans de superbes habits
de jeunes hommes du XIXème siècle, en pleine lumière, avec toute la
technique et toute la machinerie de l'Opéra de Paris focalisées sur eux,
ils sont comme des diamants qui brilleraient de mille feux. Ils sont
tellement beaux que j'en suis baba ! Ils dansent avec Manon une danse de
séduction. Ils sont en harmonie et il émane d'eux une sensualité de
félin, de jeunes félins. Ils me font un peu penser à des guépards, à ces
frères guépards qui restent ensemble toute leur vie et qui partagent
tout, (jusqu'à la séduction des femelles de leur espèce, même si
finalement un seul d'entre eux jouera le rôle du mâle :-)).
Oui, hier soir, à l'Opéra Garnier, j'ai fait une overdose de princes
charmants. C'était un peu trop classique à mon goût mais cette débauche
de romantisme convenait si bien à la beauté des danseurs !
Finalement, en sortant, je me suis senti un peu ballonné, un peu
"sucré", comme si j'avais mangé coup sur coup, des loukoums, un tiramisu
et que j'avais terminé par un Paris-brest... Mais bon, si on n'est pas
diabétique, un excès de sucre c'est parfois bien agréable.
--
Marc