Sociosoucoupisme : La Trinite (4).
- Je suis d’accord avec vous, le graphite et le plutonium ne sont
pas très compressible, mais puisqu’on parle de vitesse de l’ordre de
30 km/s, je pourrais vous dire que l’exemple des charges creuses
montre qu’à partir de 6 km/s environ, même l’acier se comporte comme
un fluide.
- Un fluide, oui, mais de type liquide, donc toujours guère plus
compressible qu’un solide, un fluide ne signifie pas forcément un gaz
qui, lui, est compressible.
- Je vous l’accorde, je pense que pour dépasser le stade « liquide »
il faudrait s’affranchir des ondes de choc, donc se situer
probablement au-delà de 30 km/s de vitesse de compression, mais peut-
être pas beaucoup plus…
- C’est bizarre ce que vous dites, pourquoi avez-vous étudié ce genre
de phénomène ?
- Oh ! juste quelques difficultés avec notre uranium.
- Pour en revenir au ralentissement des neutrons, comme dans un
réacteur, je pense qu’il faudrait énormément plus de graphite que ce
que vous pouvez mettre dans une coquille de plutonium.
- Je pense qu’il faut que je précise ma pensée, dans un réacteur
nucléaire, les neutrons sont thermalisés, leur vitesse est réduite au
niveau de l’agitation thermique, soit 2 ou 3 km/s, cela nécessite un
très grand nombre de chocs élastique contre les atomes de carbone du
graphite. Ici, il s’agit de réduire leur vitesse de 20 000 km/s à peut-
être 1 000 ou 2 000 km/s, on est loin des conditions d’un réacteur et
il faut beaucoup moins de chocs, donc un moindre parcours dans le
modérateur en graphite.
- Combien de chocs ?
- Deux ou trois en moyenne, pas des centaines comme dans un réacteur.
- Là, je vois une autre difficulté : Dans un réacteur, si chaque
neutron subit en moyenne une centaine de chocs, cela ne fait pas
grosse différence si un neutron particulier en subit 90 ou 110, on
peut tous les traiter statistiquement comme une population homogène,
par contre, avec deux ou trois collisions, il y en aura un bon nombre
avec 6 ou 7 et certain aussi avec zéro, vous n’avez pas une population
homogène.
- Oui, ce qui complique le calcul, puisqu’à chaque vitesse correspond
une masse critique, je pense que le problème se traite
mathématiquement comme une série de termes, les transformés de Fourier
sont bien adaptés à ce genre de situation.
- Ah ! nota avec satisfaction le plutonien. L’uranien ne comprit pas
la raison de ce soudain contentement.
- Ceci dit, continua l’uranien, il y a encore la question des neutrons
qui sortent de la coquille, je pense qu’il faudrait là aussi une
couche de modérateur à la fois pour ralentir ces neutrons et les
renvoyer vers le plutonium.
- Vous pensez que c’est efficace comme procédé de renvoi ?
- Pas totalement, une couche externe de béryllium servant de
réflecteur améliorerait grandement le dispositif.
- Et vous allez comprimer cela avec un explosif chimique ?
- J’imagine que le modérateur externe pourrait être une mousse chargée
de poudre de graphite et non un bloc compact. Le béryllium pourrait se
présenter sous forme d’une couche assez mince ne réfléchissant qu’une
part insuffisante des neutrons pour provoquer l’explosion. L’explosif
chimique a alors pour seul rôle de comprimer ce miroir de béryllium de
façon à ce que son épaisseur augmente suffisamment pour qu’il renvoie
assez de neutron pour dépasser la masse critique.
- Donc, vous en arrivez à la conclusion que c’est le miroir de
béryllium qu’il faut comprimer, pas le plutonium ?
- C’est évident, vous le savez bien. C’est le premier mode
d’explosion.
- Bingo ! nous sommes arrivé à la même conclusion, vous envisagez un
autre mode ?
- Nous appelons notre bombe « Trinity », vous imaginez pourquoi !
Y.B.