Re: L'embourgeoisement du jazz (était: la grande mu sique)
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Le 13 juin à 10h04, Pelekus <"saknai[nononospam]"@yahoooooooo.fr> a
écrit :
> Mathias Rocher a écrit (à propos de Benny Goodman):
>
> >... dans l'Amérique
> > raciste de l'époque, il était inévitable qu'il y ait certains
> > orchestres blancs à 100% qui jouent ce rôle de passeur "du bordel à la
> > salle de concert" comme le disait P&MV. Je ne voulais pas dire qu'il
> > ne pouvait pas y avoir d'autres orchestres, bien entendu.
>
> Cet /inévitable/ dans ton paragraphe est intrigant, d'autant plus du
> point de vue de ce que tu dis dans la fin de ton explication sur
> l'embourgeoisement du jazz et sur sa potentialité.
> Ìl n'y a pas eu que rôle de passage (passage étant par bien trop neutre
> à mon avis) mais aussi de récupération du jazz par les blancs je pense.
> Récupération de sa potentialité évidemment (utilisation quand l'acte
> était purement dénué d'attente). Non ?
D'abord il faudrait se comprendre sur cette idée de "récupération". Il
ne faut pas perdre de vue que l'art a toujours vocation à être
universel. Le jazz est bien d'origine noire et modeste, mais quant à
sa portée il est universel. Dans ce sens là, il n'y a pas plus d'art
"noir" (ou "blanc") que "prolétarien" (ou "bourgeois"). Tout ça pour
dire que tôt ou tard le jazz allait de toutes façons être "récupéré".
Il y avait un public pour ça, le jazz était devenu vraiment populaire,
avait dépassé largement les frontières de la population noire. Et en
tout cas il y avait déjà des musiciens de jazz blancs !
D'une façon générale j'ai de toute façon un peu de mal à admettre
qu'un artiste sincère (pas un escroc) puisse jouer un rôle décisif
dans la récupération d'un courant artistique. Pour la musique c'est
plutôt le rôle des producteurs de disque ou de radio. Un artiste peut
être récupéré en revanche, il peut entrer dans ce jeu là, y trouver un
intérêt. Est-ce le cas de Benny Goodman ? Peut-être, sans doute même..
En tout cas vu le climat raciste et la ségrégation encore gravée dans
la loi aux États-Unis, il était peu probable qu'en 1934 la NBC
choisisse pour un programme radio régulier un autre orchestre de jazz
qu'un orchestre 100% blanc. Ils n'allaient quand même pas choisir un
orchestre noir, et encore moins (horreur !) un orchestre mixte ! Déjà
que Benny Goodman était juif, il fallait pas trop leur en demander !
Si je dis qu'il a eu un rôle de "passage", c'est que rien ne
l'obligeait dès lors à inviter des musiciens noirs, et même à former
un trio avec Gene Krupa (blanc) et Teddy Wilson (noir) qui deviendra
vite un quatuor avec Lionel Hampton (noir aussi).
--
Mathias Rocher

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