Re: Diversification
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Sujet: Re: Diversification
De: b.suisseVotreCulo...@wanadoo.fr (Paul & Mick Victor)
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Date: 16. Mar 2008, 23:51:36
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<linos.linos@googlemail.com> a écrit dans le message de news:
d9af09e1-0109-44d6-96a2-5c0d1fb0f18d@8g2000hsu.googlegroups.com...
> La musique classique laissait une petite place à l'improvisation, avec
> les cadences. Je ne connais pas leur origine, ni si elles étaient
> jouées spontanément, mais aujourd'hui elles sont écrites.
Les cadences "improvisées" des concertos étaient une survivance de la
musique baroque. Il semble que le terme soit apparu pour la première fois
dans un traité de Bassano de 1598. Elles étaient la règle jusqu'à la seconde
moitié du XVIIIe siècle, où elles ont peu à peu laissé la place à des
cadences écrites. Les raisons sont multiple. Marc Honegger en note deux :
les abus commis par les interprètes, plus soucieux de faire briller leur
technique et d'en mettre plein les oreilles du public que de respecter le
style et l'économie générale de l'oeuvre, et le déclin des facultés
d'improvisation créatrice chez les instrumentistes. A partir de cette
époque, les compositeurs écrivirent généralement leurs cadences, quand ils
ne les supprimèrent pas purement et simplement. On pourrait s'interroger sur
les raisons de ce "déclin des facultés d'improvisation créatrice". Je pense
pour ma part que plus la musique est devenue savante, écrite et codifiée,
moins elle a laissé de place à l'improvisation. (Encore faut-il s'entendre
sur le sens du mot "improvisation" : il s'agit en théorie d'une création non
préparée, qui jaillit spontanément. Je pense que beaucoup de cadences soi
disant "improvisées" ont été, en réalité, longuement préparées et
travaillées).
J'avais posté sur ce thème une éblouissante contribution en 2000, ça ne nous
rajeunit pas. La revoici, la revoilà :
L'improvisation dans la musique classique, qui était pratique courante au
moyen-âge, par le contrepoint improvisé (cantus supra librum), les
vocalises, les ornements, et qui s'est prolongée dans la période baroque et
classique (les basses chiffrées des continuos, les cadences, etc.) a à peu
près totalement disparu au 19ème et au 20ème siècle. La tradition n'en
subsiste plus guère qu'à l'orgue (pour des raisons qui tiennent sans doute
aux aléas de la liturgie, à la nécessité qui s'impose à l'organiste de
s'adapter à des interventions de durée variable). C'est également à ces
contraintes que devaient s'adapter les pianistes du début de notre siècle
lorsqu'ils improvisaient des accompagnements pour les films muets. (Poulenc
excellait paraît-il à cet art, mais nous n'en avons plus aucune trace).
À part ces exceptions, il faut bien se rendre à l'évidence, la musique
classique savante laisse de moins en moins de marge de liberté à
l'interprète. (Peut-être est-ce la raison pour laquelle beaucoup
d'instrumentistes contemporains sont attirés par le jazz ?) Sans doute en
réaction à ce manque de liberté de l'interprète, est apparue dans les années
50 la musique "aléatoire", illustrée notamment par John Cage, avec Imaginary
Landscape N° 4 pour 12 postes de radio, ou Imaginary Landscape N° 5 pour 42
enregistrements phonographiques, puis par Stokhausen et Boulez. C'est
Stokhausen qui, pour la première fois en 1957 avec Klavierstück XI proposera
une partition à itinéraire aléatoire, qui laissera à l'interprète le choix
entre plusieurs combinaisons possibles (appelées réservoirs), proposant
ainsi une structure ouverte, une oeuvre qu'on peut jouer des centaines de
fois sans jamais reproduire deux fois la même chose. La 3ème sonate de
Pierre Boulez relève également de ce principe. Il est également aujourd'hui
un domaine où la pratique de l'improvisation est préconisée et largement
utilisée, c'est celui de l'enseignement musical. Les méthodes actives qui
sont apparues depuis la guerre (Dalcroze, Kodaly, Martenot, Willems, Orf,
Percustra, etc.) accordent presque toutes une grande place à cette pratique,
qui permet d'utiliser les acquis théoriques en développant l'imagination,
l'émotivité et la créativité...
--
Paul & Mick Victor
Les pédagogues ? Au fond du couloir à gauche...

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