"R.M." <lermercier 32@invalid> wrote:
> Au bout de 10 ans de piano électrique, peut on passer sur un "vrai" piano
> sans dommages ? Perso j'en doute.
(Utilisons les bons termes pour ne pas nous tromper : vous parlez
probablement dans cet échange de pianos "numériques" et non des pianos
"électriques" qui sont d'une autre époque (années 60)).
Que voilà une fichue bonne question, sinon !
Deux orientations possibles :
- la piste "neurologique" : les synapses nécessaires à l'indépendance
des doigts arrêtent leur mise en place à l'âge de dix ans. Après, faut
faire avec le capital acquis. Ça explique en partie qu'on ne puisse pas
devenir "virtuose" si on n'a pas commencé le piano vers 5-6 ans (ce qui
ne veut pas dire qu'on ne puisse pas devenir pianiste, ne pas
confondre). Suivant cette piste, il vaudra toujours mieux avoir commencé
tôt, même sur un mauvais clavier que d'avoir attendu.
- la piste "historique" : si on tient pour acquis que dès Scarlatti la
virtuosité de l'interprète au clavier était considérée comme normale et
même valorisée, et si on tient compte de ce qu'étaient (même neufs !)
mécaniquement les claviers disponibles à l'époque, il est clair qu'on
*peut* apprendre les instruments à claviers sur à peu près n'importe
quel clavier !
Et les pianos numériques actuels sont infiniment moins loin,
mécaniquement, des pianos acoustiques modernes que ne l'étaient les
piano-forte et hammerflügel d'antan !
Aurais-tu, d'ailleurs, le même doute pour quelqu'un qui a appris le
piano et souhaite "passer" à l'orgue d'église ou au clavecin ? (ou au
synthétiseur, pourquoi pas !).
Autre piste : on ne possède que peu d'infos sur la teneur des "cours de
clavier" que donnait J.S. Bach. On sait qu'il en donnait naturellement,
et pas qu'à ses nombreux enfants puisque les Variations Goldberg sont
déjà (au moins !) là pour en témoigner. On sait aussi qu'il préférait
procéder par l'exemple, d'où les nombreux ouvrages du type
"KlavierÜbung" qu'on tient de lui, et on sait enfin qu'il eût cette
formule lapidaire qui résume, amha, tout l'enseignement du clavier : "Il
suffit d'enfoncer la bonne touche au bon moment"...
Ce qui, reconnais-le, est possible quelque soit l'instrument, allant
jusqu'au clavier "muet" dont plusieurs films récents ont rappelé qu'il a
servi à des pianistes persécutés à entretenir leur art dans les temps
les plus difficiles...
Je regrette que le créateur de ce fil n'ait pas souhaité poursuivre le
dialogue qu'il a initié (et qu'il n'ait pas pu nous dire si les infos
qu'on lui a données lui ont été utiles)... S'il nous lit...
--
Gérald