canon95 <andrehetzel@infonie.fr> wrote:
> merci de me rediriger si HS.Je cherche pour une jeune musicienne
> passionnée par le piano un instrument.Si je connais assez les pianos
> "classiques" je suis assez désorienté par les nouveautés "electroniques"
> L'encombrement, le poids (accordage ultérieur) me tempèrent un peu pour le
> classique. Merci aux utilisateurs ou spécialistes de m'éclairer un peu.
Au risque d'être contredit je peux tenter un résumé :
Un piano est un piano. Un piano électrique, électronique ou numérique
est un autre instrument. Pas sans intérêt, ni avantages indéniables,
mais qui ne *peut* pas arriver à la dignité d'instrument de musique, du
moins pour l'instant et dans un avenir proche.
Les pianos numériques ont beaucoup progressé, en sonorité comme en
toucher, et plus particulièrement sur ces 5 dernières années. Ils n'ont
pas besoin d'être accordés, sont facilement transportables et permettent
une écoute discrète. Ils conviennent bien aux besoins de la vie moderne
et sont plébiscités (à juste titre) par la plupart des professeurs comme
de bons instruments d'étude.
Les pianos acoustiques sont de plus en plus incompatibles avec les
critères de bon voisinage actuels. Là où on les acceptait comme normaux
dans des immeubles mal isolés il y a 50 ans, on les considère désormais
comme une gêne dans la maison individuelle du voisin s'il a le malheur
d'avoir laissé une fenêtre (à double vitrage) entrouverte. Acheter un
piano acoustique est désormais un choix qui engage la famille, les
proches, impose de ne pas déménager souvent, de n'habiter que dans des
endroits techniquement accessibles, etc.
Les pianos numériques seront toujours meilleurs qu'un *mauvais* piano
acoustique : qu'il s'agisse de pianos trop anciens, mal entretenus, mal
conçus, provenant des anciens pays "de l'est", avec des mécaniques qui
coincent (une seule touche à panne aléatoire suffit à rendre un piano
injouable !), pianos spéciaux variés, issus d'évolutions interrompues...
pianos usés par les locations, les transports, les utilisations sur
scène ou dans des lieux non résidentiels... Le piano acoustique est à
n'envisager que neuf ou récent et de bonne marque.
Les pianos numériques perdent la moitié de leur prix le lendemain de
leur achat (un piano acoustique de marque garde par contre son prix très
longtemps). Il serait donc logique de les acheter d'occasion MAIS il y a
d'énormes variations de qualité sur ces 20 dernières années. De plus
leur prix est souvent artificiellement gonflé par des fonctions
d'accompagnements automatiques, de sons exotiques, ou une esthétique
élaborée et inutile. Leurs possesseurs ont donc beaucoup de mal à
accepter qu'il ne valent plus *en valeur d'usage* (de piano d'étude) que
le dixième de leur prix d'achat. Préférer les modèles sans fioritures et
de moins de 5 ans, facture d'achat neuf à l'appui.
Au début (années 60) furent les pianos électriques (Rhodes, Wurlitzer,
Clavinet...). On ne se souvient pas qu'à l'époque, du fait de leur
toucher dynamique, on les acceptait vraiment comme des "sons de piano" !
Chaque évolution a ensuite invalidé le "réalisme" des modèles
antérieurs, quitte à leur donner une place instrumentale propre et
séparée. C'est ainsi que le CP-70 (électro-acoustique) a invalidé le
Rhodes, que les sons échantillonnés ont invalidé les sons de synthèse FM
ou autres... et que les multi-échantillonnages actuels ont invalidé les
échantillons des premiers Clavinovas...
Le problème insoluble des pianos numériques est à la fois de la
diffusion sonore, de la dynamique et de la richesse des timbres. Il
faudrait plusieurs milliers de watts de puissance et des enceintes d'une
finesse inouie pour restituer déjà la dynamique sonore d'un piano de
concert, sa richesse spectrale... et des banques de 128
multiéchantillons par touche et par niveau de vélocité pour rendre
compte de toute l'évolution timbrale d'une corde de piano activée par un
marteau (à multiplier par autant d'actions possibles des pédales, des
bruits parasites et des résonances harmoniques diverses).
Resterait alors l'éternelle déception des fabriquants de pianos
numériques : malgré tous leurs efforts et des essais "en double aveugle"
convaincants, prouvant que pour un auditeur, dans la pièce à côté, un
bon piano numérique moderne est indiscernable du piano de concert qui
lui a servi de modèle (c'est vrai)... le musicien qui est au clavier a,
lui, l'impression d'être *aussi* dans la pièce à côté ! Il n'a pas le
*plaisir* du jeu d'un véritable instrument de musique. Et je ne dis pas
"acoustique" puisqu'une guitare électrique procure ce plaisir, elle !
Pour des raisons principalement économiques, mais aussi de petitesse de
vue, de stupidité, d'absence d'ambition ou de vision historique et
esthétique des choses, le coche a été raté globalement, il y a quinze
ans, de l'accès des instruments de musique numérique à la *dignité* de
véritables instruments de musique. On sait pourquoi et de la faute à
qui. Ce n'est que partie remise. J'aurai raison dans cent ans, et je
prends date.
D'ici là, il n'est que de *constater* qu'il n'y a pas de concerts dédiés
à un quelconque piano numérique, quelqu'il soit et quelque soit le genre
musical. Ils sont juste "utilisés" dans un contexte utilitaire ou
d'accompagnement quand on n'a pas les moyens de faire autrement. Ça
situe très exactement leur place.
--
Gérald ATHANASE