les troupes françaises defilent devant Bouteflika
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Sujet: les troupes françaises defilent devant Bouteflika
De: jejvi...@free.fr (UBUjean-jacques viala)
Groupes: fr.misc.actualite
Organisation: fan de faustroll
Date: 14. Jul 2008, 18:23:19
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Chaque victime était un otage innocent versé dans les charniers pour
satisfaire aux exigences glacées d'une arithmétique de la terreur. Peu
importaient les qualités ou les défauts des victimes, leur nom, leur
poids d'entrailles humaines et les symboles inclus dans leur métier. Ce
qui comptait, c'était le nombre des morts à partir desquels la peur
s'installait dans la vie et commençait de la corrompre comme un poison.
On ne tuait pas comme on tue à la guerre pour ouvrir dans les rangs de
l'ennemi des brèches dans lesquelles s'engouffraient les soldats. On
tuait pour créer un scandale et par ce scandale attirer l'attention du
monde non pas sur les victimes, mais sur les bourreaux.
L'entreprise supposait une organisation méticuleuse des complicités;
chaque nouveau mort étant l'occasion d'exprimer les solidarités qui
liaient le meurtrier à un immense camp d'intérêts et d'idées. Chaque
nouveau massacre collectif servait de prétexte à une explosion
d'indignation en faveur des écorcheurs. Ainsi les hommes étaient-ils
immolés sur l'autel d'un calcul, et les morts versés comme un carburant
nécessaire au fonctionnement d'une machine. Pour que s'ouvrît et fût
alimentée une controverse, il fallait que mourussent des innocents. On
brûlait la vie dans les hauts fourneaux des fonderies d'idées.
Dans cette incroyable logique de l'absurde, les Français d'Algérie
fournissaient les morts. Ils étaient les hommes-charbon indispensables
au fonctionnement de la grande machine "anticolonialiste" affectée à la
subversion de l'Occident. Pour que les journaux progressistes de France
pussent s'indigner du sort des Algériens, pour que M. Sartre pût donner
une conférence à Rome en compagnie de l'un des chefs des égorgeurs, pour
que l'archevêque d'Alger pût rédiger l'un de ses communiqués abscons qui
sont égale injure à la justice, à la charité et à la syntaxe; enfin,
pour que l'Organisation des Nations unies pût se poser à New York en
gardienne intransigeante des droits de 1 'homme, il fallait qu'une femme
fût violée dans une ferme d'Oranie, après avoir été contrainte
d'assister à l'égorgement de sa fillette et de son mari; il fallait
qu'un petit garçon fût assommé à coups de pioche dans un village de
l'Algérois; il fallait que des jeunes filles fauchées par le souffle des
bombes fussent mutilées à Alger et qu'une explosion hachât des enfants
dans un autobus au retour de l'école.
Pour que M. Mauriac pût jouer des grandes orgues de son talent dans sa
chapelle, il fallait que fussent abattus des fidèles anonymes à la porte
d'une église de la vallée du Chélif, ou que deux prêtres fussent égorgés
aux confins oranais des steppes sahariennes et qu'une vieille femme fût
assassinée le jour de Pâques dans un hameau de Kabylie bruissant de ce
murmure d'averse qui tombe du feuillage des eucalyptus.
Car c'était cela le mécanisme de la guerre dite "révolutionnaire".
C'était l'assassinat des innocents, conçu comme une technique d'alerte
destinée à attirer l'attention sur les revendications politiques des
assassins. Et plus le crime était monstrueux, plus l'émotion qu'il
soulevait servait la monstrueuse cause.
A Boufarik, près d'Alger, officiait le docteur Rucker. Il avait été mon
condisciple au lycée d'Alger; donc, celui d'Albert Camus. C'était un
gentil bohème aux gestes un peu gauches, mais dont la charité était
inépuisable; l'un de ces médecins algériens toujours penchés sur les
humbles, pour qui la médecine était un sacerdoce. Un jour de
consultation, l'un des "malades" brandit un revolver et tua le docteur
Rucker de quatre balles tirées à bout portant. Le meurtre fit sensation.
Fleurirent les articles condamnant le "colonialisme". Dans ces pages, on
accusait la France d'entretenir en Algérie plus de gendarmes que de
médecins ou instituteurs; mais les techniciens de la terreur tuaient
plus de médecins que de gendarmes le premier mort de la guerre d'Algérie
était justement un instituteur. Peu importait l'état des victimes! Ce
qui comptait, c'était que chaque jour reçût sa fournée de morts pour que
ne s'éteignît point la controverse politique. Le sang du docteur Rucker
servait d'encre à Mauriac ou à Sartre, et aux procureurs de l'O.N.U.
Longtemps les Français d'Algérie avaient courbé la tête sous l'orage.
Ils attendaient que leur fût rendue la justice élémentaire qui exige que
soient châtiés les hommes qui attentent la vie des hommes. Au bout de
cette longue patience, ils avaient découvert qu'ils étaient seuls à
faire les frais du procès. C'est que la subversion avait pris soin de
pourrir les esprits et l'occasion est belle d'en démontrer ici une part
du mécanisme. La calomnie sur l'exploitation coloniale permettait de
camoufler les crimes commis sur les innocents en une sorte de justice
sommaire exercée sur des coupables. Les assassins devenaient des
redresseurs de torts. Ce sera l'une des hontes de ce siècle finissant
d'avoir admis comme un postulat l'idée de culpabilité collective qui a
livré des foules entières aux mains des bourreaux improvisés et fait
payer à des enfants les délits imputés à des sociétés.
Le docteur Jean Massonnat a été tué à Alger, au cours de cette fusillade
qui a couché sur pavé tant d'Algéroises et tant d'Algérois. Il était mon
ami. Comme ce mot paraît soudain démesuré, et comme, en certaines
circonstances, on se sent brusquement envahi par la peur de ne pas en
être digne. La dernière lettre qu'il m'avait écrite était un cri: "Non
seulement, on veut nous chasser, mais on veut, encore, que nous soyons
des salauds, pour que nous soit retirée jusqu'à l'espérance en un
mouvement de pitié de la Métropole ...". Jean Massonnat, agenouillé sur
un blessé, a été tué de trois balles tirées dans le dos par ceux que "Le
Figaro" appelle "le service d'ordre"!
Pourquoi sommes-nous maudits?
Mais à travers ces confusions, on entrevoit ce qui, jour après jour, est
devenu la hantise des Français d'Afrique. Ils ont cherché à se laver de
la calomnieuse accusation de "colonialisme" pour être rendus à leur état
d'innocents injustement frappés et ainsi renvoyer leurs tortionnaires à
leur culpabilité d'écorcheurs. C'est le sens des grandes offrandes de
mai 1958: une "Nuit du 4 Août" étalée sur quinze jours de soleil dans un
ressac de clameurs et de chants.
Jean BRUNE
--
UBU.
Ce qui est le plus frappant dans la jeunesse scolaire
d'aujourd'hui, c'est peut-être moins son ignorance que
son ensauvagement.
Annie Kriegel le figaro 08.1981

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