L'inquiétude monte parmi les réfu giés soudanais de l'est du Tchad
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Sujet: L'inquiétude monte parmi les réfu giés soudanais de l'est du Tchad
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Date: 04. Feb 2008, 04:34:43
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Dans l’est du Tchad, où sont réfugiés 240 000 habitants du Darfour, la
perspective d’une prise du pouvoir à N’Djamena par des forces
prosoudanaises suscite la peur
Vêtu d’une longue djellaba blanche maculée de taches, Hassan, 19 ans,
réfugié du Darfour, a terminé son cycle primaire l’an dernier. Depuis,
il erre dans la madrasa (école coranique) B du camp de Djabal, près de
la localité de Goz Beida, dans l’est du Tchad. Elle accueille plus d’un
millier d’enfants âgés de 6 à 16 ans, en quête d’une activité qui leur
permettrait de quitter le camp.
« J’ai suivi avec beaucoup d’attention l’avancée des rebelles tchadiens,
car un changement de régime à N’Djamena nous affecterait directement »,
explique Hassan dans un anglais hésitant. [hésitant!!!] « À moins de
retourner au Soudan pour faire des études, ou bien de parvenir à aller
dans un pays anglophone comme l’Afrique du Sud, il n’y a pas d’avenir
pour moi ici », poursuit-il, amer. [Apprends le français !!!]
Comme la plupart des 240 000 réfugiés soudanais regroupés dans douze
camps dans l’est du Tchad, Hassan retient son souffle depuis que des
rebelles tchadiens basés au Darfour ont été signalés le lundi 28 janvier
dans la zone d’Adé, non loin de Goz Beida, ainsi que de l’autre côté de
la frontière, à Tiné. Depuis, selon les rapports quotidiens des Nations
unies, c’est le calme plat dans cette zone d’où semblent venues
l’essentiel des forces rebelles, « qui étaient organisées en colonnes ».
Bien que musulman et arabisant, Hassan nourrit une méfiance viscérale à
l’égard des pays arabes, qu’il accuse de cautionner le « génocide »
perpétré contre son peuple au Darfour. Aussi, à l’instar de la plupart
des réfugiés du Darfour, il appelle de ses vœux le déploiement d’une
force européenne pour sécuriser les camps, qui font régulièrement
l’objet d’actes de banditisme.
«Les rebelles sont armés par le président soudanais»
Il insiste aussi pour que, côté Soudan, où le Haut-Commissariat des
Nations unies pour les réfugiés (HCR) dispose également de six camps,
les contingents déployés ne soient pas seulement africains, comme
l’exige Khartoum.
La Mission de l’ONU et de l’Union africaine au Darfour (Minuad) a
remplacé le 1er janvier la force africaine de 9 000 hommes déployée au
Darfour, qu’elle englobe désormais. Elle doit, à terme, être composée de
27 000 hommes, mais tarde à se déployer en raison des réticences de
Khartoum.
« Les rebelles tchadiens sont armés par le président soudanais El
Bachir. Il veut la mort de tous les Noirs du Darfour ! », s’emporte
Khaltoum, 16 ans, elle aussi réfugiée à Goz Beida. Avec deux amies, elle
a été enlevée et violée pendant plusieurs semaines en 2003 par des
groupes armés arabes lors de l’attaque de son village d’Ouroum, au
Darfour, avant de réussir à s’enfuir. Depuis, elle n’est pas parvenue à
surmonter le traumatisme subi, qui l’empêche de se marier.
À quelques kilomètres du camp de Djabal, le village de Gouroukoum abrite
des populations tchadiennes qui ont fui après les attaques perpétrées
contre leurs villages. Selon l’ONU, 180 000 personnes ont été déplacées
dans l’est du Tchad depuis décembre 2005.
Les yeux crevés par des agresseurs djandjawids
« Cette crise, qui se rajoute au conflit au Darfour, s’amplifie chaque
fois que la situation sécuritaire se détériore. Avec la prolifération
d’armes légères qui caractérise cette région, il n’y a pas un jour où un
incident ne soit signalé dans et autour des camps », précise Annette
Rehrl, chargée de la communication du HCR à Abéché.
Originaire de Marmoudangué, Abdoulaye Idriss Zayé, 20 ans, a eu les yeux
crevés par des agresseurs djandjawids ayant franchi la frontière toute
proche. Couché sur une natte et entouré de sa famille qui psalmodie des
versets du Coran, il se déclare très inquiet face à la nouvelle crise
qui secoue le Tchad. « Comment peut-on laisser des rebelles qui comptent
des djandjawids dans leurs rangs prendre le pouvoir à N’Djamena ? »,
s’inquiète-t-il.
Seyid Ibrahim Moustapha, sultan du Darsila qui englobe toute la zone
allant de Goz Beida jusqu’à Tissi et Adré, refuse, lui, que l’on
stigmatise tous les Arabes de la région. « Djandjawids, c’est le nom que
l’on donne localement aux Arabes, et Toroboros celui que l’on donne aux
Noirs. Ces tribus ont vécu ensemble pendant des millénaires. Sans une
instrumentalisation des antagonismes, jamais les horreurs qui ont été
perpétrées n’auraient pu avoir lieu ou ne seraient restées impunies
comme c’est le cas actuellement. »
Le sultan, qui a cédé le pouvoir coutumier à son fils, regrette
également que le président Déby n’ait pas su préserver l’unité du pays.
« La résolution du conflit au Darfour dépend avant tout de la stabilité
au Tchad, car chaque partie se sert du territoire de l’autre comme d’un
sanctuaire », affirme-t-il.
Stoïque, le chef du HCR à Goz Beida, Musonda Shinkinda, attend avec
impatience le déploiement de l’Eufor dans la région. « Depuis 2006, j’ai
vu passer les rebelles tchadiens et soudanais à plusieurs reprises.
Jamais, jusqu’à présent, les combats n’ont pris les camps pour cibles.
Mais cette fois, c’est un combat à mort. On n’est à l’abri de rien »,
ajoute-t-il, pessimiste.

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