Marathon de Toulouse, 28 octobre 2007, petit récit d 'un bleu portant bracelet vert
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Sujet: Marathon de Toulouse, 28 octobre 2007, petit récit d 'un bleu portant bracelet vert
De: gabriel.balletAB...@BIBELOTfree.fr (idiosyncrazy)
Groupes: fr.rec.sport.courir
Organisation: Guest of ProXad - France
Date: 02. Nov 2007, 17:48:17
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« "Je redécouvre mon corps", disait une concurrente qui, après 70 des 100 km
de Brienne, s'était assise au bord du chemin pour masser ses membres douloureux.
Presque dans un état second, elle expliquait ce qu'elle ressentait. J'observai
même que ses phrases étaient imprégnées, sans qu'elle l'eût recherché
probablement, d'un parfum de poésie et de philosophie étonnamment suave : "La
souffrance qui coule de l'effort voulu, disait-elle, n'est pas lourde à porter.
Elle fait l'effet d'un révélateur et, sous son action, j'ai l'impression que mon
âme angoissée, torturée, s'est allongée en moi pour prendre quelque repos."
Puis, repartant d'une foulée tranquille, elle murmurait encore : "C'est dur,
mais c'est bon parce que, ici, je sais que j'existe." »
(cité dans La course à pieds pour tous, par Yves Jeannotat, Noël Tamini et
Jacques Turblin, éditions Amphora, p. 15)
« Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'Homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou ! »
(Charles Baudelaire, « Le Voyage »)
« Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m'entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j'envoie »
(Daniel Balavoine, « Tous les cris, les SOS »)
Décision de participer prise fort tard et de façon fort téméraire, fin
septembre, soit environ un mois d'entraînement à peu près sérieux, ce qui est
largement insuffisant... Dans ces conditions, arriver au bout -- vivant ! -- est
déjà honorable, ce me semble. Merci à Christophe Pèlerin, mon cousin, pour les
godasses ! Ainsi qu'aux ch'tites n'ouvriers chinois qui les ont méticuleusement
confectionnées pour un salaire misérable... Et merci à Nathalie pour le bouquin
dont un extrait est cité ci-dessus -- ouvrage complet, clair et vivant comme
rarement sur un tel sujet, dont la lecture a consolidé la résolution tout en lui
conférant un petit supplément d'âme, dispensant en outre de précieux conseils,
basiques mais sages et pertinents, juste ce dont j'avais besoin à ce moment.
http://www.topchrono.biz/
http://tinyurl.com/325tbn
Départ beaucoup trop optimiste : j'ai voulu suivre une blonde à la natte
virevoltante et au popotin sautillant, délicieusement galbé, constituant une
appréciable réserve énergétique sous une forme néanmoins très esthétique,
manifessetement trop forte pour moi -- elle avait le bracelet (estampillé
L'Oréal...) bleu,
correspondant à un temps estimé de 3h30, moi le vert, 4h00 (7 km / 32'48'' au
lieu de 39'47'' prévues -- musique : Bob Dylan, Highway 61 revisited -- « Well,
if I die on top of the hill / And if I don't make it, you know my baby
will... »).
http://tinyurl.com/32bbth
Début de baisse de régime à la mi-parcours, derrière une autre blonde sans
natte -- qui me met en garde, ayant déjà couru un marathon, quant à l'inévitable
effondrement du débutant, d'autant plus à craindre que l'on s'est "cramé" en
début de course -- et un aveugle avec son "copilote", également des "bleus" (21
km / 1h46'24'' au lieu de 1h59'21'' prévues -- musique : Bob Dylan, Blonde on
blonde -- « Oh ! Mama, can this really be... the end... » -- en sautant la
moitié des titres au tempo trop mollasson pour l'occasion, puis The Slits, Cut
et Peel Session -- « In the beginiiiing there was rhythm... »).
http://tinyurl.com/3xq9s7
Puis ça dégringole vers le fameux "trentième", aussi redouté que le Cap Horn
: douleurs croissantes, lancinantes, ampoules, crampes et contractures, aux
pieds, aux soléaires, aux quadriceps, aux ischio-jambiers, aux psoas-iliaques,
aux hanches, même les biceps tenant de plus en plus péniblement la semi-flexion
malgré les étirements réguliers, sensation de lourdeur générale, arrêts de plus
en plus fréquents et redémarrages de plus en plus incertains... pour me
requinquer un peu, j'insulte des gens sur le bas-côté : je dis « Ta gueule ! »
successivement à deux jeunes imbéciles qui viennent de hurler à mon passage «
Allez Ballet ! », puis, gratuitement, Gilles-de-la-Tourettement, je lance « Oh !
une poufiasse avec un téléphone... » à une poufiasse en train de téléphoner de
façon vulgairement ostentatoire -- c'est à dire de façon parfaitement normale de
nos jours -- pendant qu'on en chie sur la piste, qui me répond, pavloviennement
prévisible, « Nan mais ta gueuleuh c-connard ! », suscitant les interrogations
perplexes des coureurs qui me suivent... « Kécéladi ? tchi-tchi pfouh-pfouh --
Eladi "ta gueule connard" tchi-tchi-tchi pfouhouhouh -- Méaqui ? tchi-pfouh
tchi-pfouh -- Mépourquoi ?... tchiiiih pfouh-pfouh-pfouh » ; pour me revigorer
aussi, mais d'une énergie plus positive, j'effleure délicatement des mains
d'enfants qui se tendent, silencieuses, généreuses, respectueuses, espérant le
contact mais n'y exhortant pas (31 km / 2h43'17'' au lieu de 2h56'11''
prévues -- musique : The Stooges, Fun house -- « I caaame to plaaay!... I caaame
to plaaay!... »).
http://tinyurl.com/2m9wdr
Fin de course atroce, abomiffreuse, épouvanrrible... jusqu'à un léger regain
de motivation et une relative atténuation des douleurs durant les deux derniers
kilomètres, au coude à coude avec une certaine Béatrice Vincendon, échangeant
d'abord quelques mots, puis, sans rien dire, nous tirant l'un l'autre, nous
empêchant mutuellement de craquer, nous poussant chacun à nous surpasser (42,195
km, 4h08'49'' au lieu de 4h prévues... -- musique : The Stooges, Fun house,
alternate takes, http://www.amazon.com/Fun-House-Stooges/dp/B0009SOFFY...
« I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL
ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!!
.... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL
ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL ALRIGHT!! ... I FEEL
ALRIGHT!!... »).
Place Nom Temps Moyenne
(km/h) Cat.
1774 Alain LAURENS 4:08:45 10.178 V1H
1775 Romain GANS 4:08:47 10.176 SEH
1776 Gabriel BALLET 4:08:49 10.175 SEH
1777 Gilles CARRE 4:08:52 10.173 SEH
1778 J Luc QUADRI 4:08:52 10.173 V2H
1779 Pascal PIRONNEAU 4:08:53 10.172 V1H
1780 Pascal BARAT 4:08:55 10.171 V1H
1781 Francoise DUPE 4:08:56 10.170 V2F
1782 Laurent LECHAUVE 4:08:59 10.168 V1H
1783 Nadine JELOU 4:09:01 10.167 V1F
1784 Jean GADEK 4:09:01 10.167 V2H
1785 Charles DAGRAS 4:09:02 10.166 SEH
1786 Dominique JOUBERT 4:09:02 10.166 V1H
1787 M Claire ARCHAMBAULT 4:09:03 10.165 V1F
1788 Didier CHARRIER 4:09:05 10.164 V1H
1789 Hugues MARTY 4:09:08 10.162 V1H
1790 Cyril CRETUAL 4:09:08 10.162 SEH
1791 Beatrice VINCENDON * 4:09:12 10.159 SEF
1792 Thierry PALOS 4:09:20 10.154 V1H
1793 Cyrille COLLART 4:09:24 10.151 SEH
* Ma compagne de fin de course ! Elle avait le bracelet jaune, correspondant à
un temps estimé de 4h30, et a donc fait nettement mieux qu'elle n'espérait. Si
j'ai bien supposé, le « temps réel » résulte d'une correction prenant en compte
le temps de latence au départ (pas besoin de se farcir un traité de mécanique
des fluides pour se figurer qu'un peu plus de 3000 coureurs z'et coureuses
partant d'un couloir large d'une vingtaine de mètres, ça met un certain temps à
se disperser et à s'écouler), une seconde seulement nous séparant, la Béatrice
et moi, en temps absolu (j'ai pris une accélération dans les trente derniers
mètres, puisant l'énergie je ne sais où et doublant sans vergogne trois ou
quatre concurrents dont un type de l'association Laurette Fugain -- mais
justement celui-ci me bat en « temps réel »).
Reconstitution approximative de la brève conversation qui s'ensuivit, après la
fin de la course et le retrait des puces de chronométrage :
« - C'était ton premier aussi ?
- Oui... Merci d'être resté, sans toi j'aurais pas tenu jusqu'au bout. C'est
bien d'avoir quelqu'un dans le même rythme...
- Ouais ! pareil pour moi, j'aurais craqué si t'avais pas été là.
- ...
- Pas trop de douleurs ?
- Oh si, j'ai mal partout !
- Moi le pire c'est les pieds... j'ai les pieds en compote...
[Je passe la partie technique, spécifique à l'entraînement suivi.]
- Je suis venu avec trois gars, qui visaient dans les 3h30, doivent
m'attendre par là-bas.
- Ah, ça doit être difficile de se retrouver avec tout ce monde...
- M'avaient dit à l'accueil, et... euh... et toi, tu es venue seule ?...
[Glop Glop ?!]
- Non non, y a mon mari qui m'attend ! J'vais bien finir par le retrouver,
mais quand...
- Ah... [D'hooooh !]
- ...
- ...
- ...
- Bon... ben, enchanté Béatrice !
- Enchantée... et merci encore ! »
(N'empêche, finir une course aussi infernale, et, il faut bien le dire,
purgative, avec une Béatrice, c'est divin, comme on dit ! Et tant pis pour le
paradis, poil au radis...)
« "Oh ! tourne tes yeux saints, tourne-les, Béatrice,
Vers ton fidèle" -- ainsi disait leur chant --
"Qui pour te voir a fait si long chemin !
Par ta merci, oh ! fais-nous en la grâce,
Dévoile-lui ta bouche, afin qu'il y contemple
La seconde beauté que tu gardes cachée !" »
(Dante dei Alighieri, La Divine Comédie, Le Purgatoire, chant trente et
unième, traduction de Henri Longnon)
http://photosmarathon.toulouseblog.fr/
15,50 euros pour recevoir sa photo sur papier format 15x23 et en fichier
informatique, ainsi qu'un "diplôme souvenir" : ah, les enf... Hum ! je me
contenterai de cette vignette avec une fort élégante et discrète mention « Copie
interdite » -- t'açon j'aimerais pas voir ma tronche de trop près dans un moment
pareil, a fortiori pour 15,50 euros.
http://photosmarathon.toulouseblog.fr/marathon/thumbs/1458.jpg
(légende : « Arf ! Han ! Gniiih ! Grumpf ! »)
http://photosmarathon.toulouseblog.fr/marathon/thumbs/1458W.jpg
(légende : « Rrrrhhhhaaaaahh la fiiiin ! »)
(Quant à Béatrice, c'est encore plus désespérant :
http://photosmarathon.toulouseblog.fr/marathon/thumbs/0820.jpg -- si si, c'est
elle, là, dans le coin à gauche !...)

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