accès aux groupes de discussion, consultation et publication d'articles, recherche de "newsgroups"...
membres, identifiez-vous
é-mail Mot de passe
nouveau ? mot de passe oublié ?
Chargement... Chargement en cours...

Groupes français belges canadiens suisses internationaux Nétiquette
Échangez opinions et commentaires dans les forums de discussion.

Mushin - l'art du "non mental", le non-faire selon Vernon Kitabu Turner ou la défense martiale sans violence.

 [  Nouvelle Discussion Nouvelle discussion  |  Répondre au groupe Répondre au groupe  |  fr.rec.sport.arts-martiaux ] 

Retour : Accueil du site fr rec sport arts-martiaux   charte stats de ce groupe


  Sujet:   Mushin - l'art du "non mental", le non-faire selon Vernon Kitabu Turner ou la défense martiale sans violence.  
 De: aik...@do.ki (Mc Gyver)
 Groupes: fr.rec.sport.arts-martiaux
 Organisation: Guest of ProXad - France
 Date: 28. Mar 2008, 17:04:37
Un esprit comme de l'eau

Entretien avec Vernon Kitabu Turner
mené par Simeon Alev


WIE:Quelle est, selon vous, le rapport entre l'Eveil et la maîtrise de soi ?

KITABU TURNER:L'Eveil, avant toute chose, est d'arriver à la compréhension 
qu'il n'y a pas de soi au sens conventionnel du terme. Les gens ont tendance 
à considérer le soi comme "bon, je suis le type qui a fait cette 
université-là, qui a eu ces parents-là, et je suis le type qui a obtenu un 
diplôme de comptabilité, j'ai parcouru tout ce chemin et accompli toutes ces 
choses". En fait, c'est un soi purement illusoire que celui dont nous 
parlons ici. L'Eveil est d'arriver au point où l'on comprend, où l'on fait 
l'expérience, qu'il n'y a pas de soi objectif - il y a l'être, mais il n'y a 
pas de soi objectif -, et c'est dans le mouvement de renoncement à cette 
notion de soi, que l'on fait l'expérience de ce que l'on est véritablement, 
au sens universel. C'est alors que l'Eveil arrive, lorsque vous prenez 
conscience que vous n'êtes pas aux commandes. Et pour cette raison, vous 
êtes tout à fait aux commandes.

WIE:Et comment distingueriez-vous cela de la maîtrise de soi ?

KT: L'Eveil, c'est l'ouverture d'un oeil de perception sur la réalité ultime 
de l'existence même. Mais sur un plan fini, l'application de cela est la 
maîtrise de soi. Du point de vue de l'Eveil, il n'y a personne ici - il n'y 
a pas de "vous" qui agit par opposition à telle ou telle personne ; votre 
expérience est complète, entière, elle contient le cosmos. Mais lorsque cet 
Eveil s'exprime à travers la forme, comme dans l'acte de marcher dans la 
rue, de parler, se comporter, alors son éclat brille à travers le regard 
d'une entité unique, et c'est alors qu'il est reconnu comme "maîtrise de 
soi".

WIE:Pensez-vous que la distinction puisse être plus profonde encore ? Si je 
pose cette question, c'est que conventionnellement on associe la maîtrise de 
soi à l'idée d'un moi puissant et irrésistiblement positif, et 
incontestablement à une notion très claire de soi-même - à une identité. 
L'Eveil, d'un autre côté, même lorsqu'il se manifeste dans le temps et 
l'espace, est traditionnellement compris, ainsi que vous le disiez, comme la 
dissolution ou la transcendance de toute perception de soi en tant qu'être 
"séparé", que cette perception soit positive ou négative.

KT:Lorsqu'une personne éveillée est immobile, elle est "l'Eveil", mais dès 
lors qu'elle se met en mouvement, elle devient, comme je le disais, la 
maîtrise de soi, parce que dès l'instant où vous bougez, vous devez agir 
dans le monde des détails, vous devez marcher, parler, travailler, faire 
toutes ces choses-là. Maintenant, ceux qui observent votre capacité à 
fonctionner dans ce monde vont vous voir dans cet état intensifié de 
réalité. Ils vont voir la façon dont vous vous comportez et ils vont vous 
attribuer des choses extraordinaires. Le fait est, cependant, que dans 
l'Eveil, vous ne vous attribueriez pas nécessairement ces choses-là à 
vous-même, et c'est la différence principale. Et puis aussi, l'expérience de 
l'Eveil ne s'applique à rien en particulier, alors que la maîtrise de soi 
peut être rattachée à certains domaines. Ainsi, vous pourriez exercer votre 
maîtrise dans bien des domaines, sans être éveillé pour autant, au vrai sens 
du terme.

WIE:Les arts martiaux semblent représenter un champ particulier de maîtrise, 
cependant vous les décriviez comme un chemin vers l'Eveil. Qu'est-ce qui 
fait des arts martiaux un chemin vers la transcendance ou l'expérience du 
"non soi", plutôt que simplement un ensemble de moyens puissants pour 
développer sa force, sa compétence, sa maîtrise ou un sens d'accomplissement 
personnel ?

KT:Cela peut être envisagé des deux façons. La personne qui étudie 
simplement les arts martiaux aujourd'hui - comme c'était le cas aussi 
autrefois - le fait parce qu'elle veut trouver la force physique qui lui 
permettra d'assujettir un ennemi, de se protéger elle-même, ou pour avoir un 
sentiment de pouvoir personnel. Il y avait aussi le fait d'être agressif ou 
guerrier en tant que moyen de gagner sa vie, et dans ce cas, c'était un 
métier. Mais d'un autre côté il y avait aussi les gens spirituels. On oublie 
que Bodhidharma, le vingt-huitième patriarche du Bouddha, fut celui qui posa 
les bases de ce que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Shaolin Kung Fu. 
Au cours d'un voyage vers la Chine, il prit conscience des dangers que 
représentaient les voleurs qui l'attaquaient sur la route pour lui dérober 
les registres importants qu'il transportait. Alors, il médita, et il lui fut 
révélé d'observer attentivement les animaux. Avec le temps, il mit au point 
ce qui serait appelé plus tard les "dix-huit mouvements de Lo Han". Ces 
dix-huit mouvements évoluèrent pour devenir le Shaolin Kung Fu, et 
inspirèrent beaucoup d'autres formes d'arts martiaux par la suite. L'idée 
était qu'une personne qui travaille pour le bien de l'humanité ne développe 
pas une nature agressive mais un centre de gravité pacifique, que son 
objectif est de défendre et non d'attaquer, défendre son propre corps, 
défendre des êtres chers, défendre les plus faibles que soi - et de ne 
désirer, jamais, faire du tort même à celui qui l'attaque, et de ne 
s'autoriser, jamais, à devenir comme ces êtres malfaisants qui cherchaient à 
le détruire. C'est lorsque vous avez fait grandir en vous cette résolution 
que le chemin spirituel se révèle à vous et commence à vous guider dans la 
bonne direction. Vous direz : "Non, je ne ferai pas de mal aux autres. Je ne 
serai pas une personne agressive et violente. Mais je ne resterai pas non 
plus assis là à regarder quelqu'un se faire démolir, tout en sachant que je 
devrais tendre la main et offrir de l'aide."
C'est exactement ce qui m'est arrivé. Quand les petites brutes me voyaient 
assis sous un arbre ou en train de lire un livre, ils ne pouvaient pas le 
supporter, pour je ne sais quelle raison. Alors ils s'approchaient, 
faisaient tomber le livre de mes mains à coups de pied et me battaient. Je 
me faisais frapper tout le temps. Alors un jour, j'ai commencé à prier en 
disant : "Apprenez-moi à me défendre". J'avais lu dans la bible que David 
était un grand guerrier, et il y avait une Ecriture, Psaume 144, qui disait: 
"Béni soit le Seigneur, ma force, qui enseigne à mes doigts à lutter et à 
mes mains à faire la guerre." Alors j'ai dit : "Je suis votre fils. 
Apprenez-moi aussi et je n'en abuserai jamais." Je suis sorti dans le jardin 
et j'ai commencé à m'exercer et m'entraîner, croyant que je serais guidé 
vers les bons gestes et que je finirais par comprendre. Et le résultat c'est 
que finalement les petites brutes ne pouvaient plus me vaincre.
Lorsque vous vous engagez sur ce chemin spirituel là, l'action ne vient pas 
de vous. Je me souviens de cette première fois où j'ai pris conscience que 
mon corps pouvait bouger mais que je ne le bougeais pas : quelqu'un m'a 
envoyé un coup de poing, ma main l'a arrêté et l'a envoyé au sol, alors que 
je ne connaissais même pas cette parade. Ensuite, comme je lâchais prise de 
plus en plus, j'ai découvert que la maîtrise était déjà là. Je devais juste 
me retirer du chemin pour la laisser émerger, se manifester. Assez vite, 
j'étais capable de me servir de cela comme base pour enseigner aux autres la 
spiritualité en tant que réalité pratique. Les Japonais appellent cela 
mushin - l'art du "non mental". C'est lorsqu'il n'y a pas de tentative 
consciente d'agir et que cependant vous bougez quand même ; lorsque l'action 
vient d'une telle profondeur qu'il n'y a personne pour se l'approprier. 
L'expérience de cette coexistence - de cette protection qui est là en vous - 
est très puissante et réaffirme ce que de nombreux ouvrages et écritures 
anciens disent : "Celui qui est en vous est bien plus grand que celui qui 
est dans le monde."

WIE:Traditionnellement, je sais que l'on dit que du point de vue de l'Eveil, 
à la minute où vous pensez être celui qui agit - à la minute ou vous vous 
identifiez à celui qui accomplit l'action - vous devenez l'expression même 
de l'ignorance. Pourtant, même après tout ce que vous venez d'expliquer, je 
trouve difficile de ne pas supposer que la maîtrise d'une discipline 
exigeante comme un art martial ne requiert pas une solide perception de soi 
en tant qu'individu puissant, une compréhension claire et précise de ce que 
l'on est en train de faire, ainsi que la volonté de l'emporter avec une 
grande confiance en soi. De ce point de vue, bien sûr, il semble y avoir une 
contradiction intrinsèque entre l'Eveil et la maîtrise d'un art martial. 
Mais votre expérience paraît suggérer que ce n'est pas le cas.

KT:Ça ne l'est pas. Ça dépend seulement de la personne qui l'aborde. La 
plupart des gens l'abordent sur un plan fini - en tant que capacité physique 
et mentale. Ils développent leur rapidité, leur agilité, leur grâce, à 
l'aide d'efforts physiques, d'entraînement, tout ce genre de choses. Ce sont 
ceux qui se présentent comme : "Je suis le mec le plus dur, ici. Je peux 
tous vous tomber, les mecs." Mais celui qui aborde l'art martial à travers 
le spirituel est humble, et si on venait à le provoquer de cette manière, il 
répondrait : "Oui, tu le pourrais sans doute. Je le vois bien. Regarde-moi 
tous ces muscles. Vise-moi tout ça. Hé, tu es trop fort pour moi." Mais 
s'ils venaient à l'attaquer, ils ne trouveraient là personne à attaquer - 
bien que la personne soit physiquement sous leurs yeux ! J'ai été testé par 
des ceintures noires septième dan et autres maîtres du plus haut niveau, et 
je leur ai demandé de m'expliquer ce qu'ils ressentaient lorsqu'ils 
m'attaquaient. Ils disent: "C'est comme si tu n'étais pas là." Ils disent: 
"Je croyais que je te tenais, mais tu étais parti". C'est parce que le 
mouvement vient d'un lieu plus élevé, et sait ce que l'autre personne va 
faire. Moi, je ne sais pas ce que l'autre va faire, mais lorsqu'il tente une 
action, il découvre que son geste est contrecarré. Beaucoup de gens disent : 
"Je veux apprendre ta technique ; c'est une technique fantastique." Mais je 
dis : " Je n'ai aucune technique. Oui, vous avez vu ce qui semble être une 
technique. Mais ce n'est pas une technique parce que je ne l'ai pas 
appliquée. Ce que vous devez apprendre, c'est comment venir de ce lieu où 
toutes les techniques existent déjà, et où celle qui est adéquate sera là en 
cas de besoin." Et j'essaye aussi d'apprendre aux gens qu'il y a une 
différence entre un maître d'un art martial et un guerrier. Le maître d'un 
art martial, incarne exactement ce que les mots signifient - c'est une 
personne qui étudie les arts de la guerre. Mais un guerrier, c'est 
l'individu lui-même. Il n'a pas besoin d'une ceinture noire pour être un 
grand guerrier ; il a l'attitude d'un guerrier, l'esprit d'un guerrier. Et 
il n'a pas besoin d'être un grand athlète non plus parce qu'il a le cour 
d'un guerrier et l'âme d'un guerrier, de sorte que lorsque le moment arrive, 
lorsqu'il fait face au danger, il devient d'acier et fait ce qu'il a à 
faire, sans peur aucune. Si vous êtes un maître en art martial vingt-quatre 
heures par jour, sept jours sur sept, c'est alors votre seul projet et c'est 
tout ce que vous êtes. Mais si vous êtes un guerrier, vous êtes un père 
lorsque votre enfant vient à vous, un mari lorsque votre femme vient à vous, 
un ami lorsque votre pote vient à vous - vous vous adaptez à tous ces 
différents rôles, et cependant aucun de ces rôles n'est vous. C'est dans cet 
état d'esprit que lorsque la bataille commence, vous êtes prêt. Parce que 
rien ne vous retient, tout est à votre disposition. C'est ainsi que ça 
marche.

WIE:Dans votre livre L'Ame Epée, vous vous décrivez vous-même comme ayant 
été "un légendaire défenseur du faible" qui "n'hésitait pas à venir à la 
rescousse des victimes des gangs et autres auteurs de violences."

KT:Oui, j'ai tenu cette promesse que j'avais faite lorsque j'avais prié 
Dieu, étant enfant. Quand je suis monté à New York dans les années soixante, 
c'était complètement contrôlé par les gangs, et dès que quelqu'un se faisait 
battre, je n'hésitais jamais à entrer au cour de la bagarre pour en extraire 
l'attaquant. Vous voyez, ce qui se passe avec l'esprit, c'est que l'esprit 
peut dire des choses que vous ne diriez jamais vous-même, parce que vous 
savez que vous ne pourriez pas être à la hauteur - et probablement que vous 
ne pourriez même pas penser de telles choses. Ainsi, quand le gang du coin a 
fait cercle autour de moi dans le sous-sol de l'église baptiste de 
Livingstone, alors que je n'étais à New York que depuis quelques semaines, 
j'ai dit : "Comment voulez-vous que je m'y prenne ? À un contre un, ou bien 
vous préférez que je combatte tout le groupe ?" Alors là, tous ceux qui se 
tenaient autour se disaient : "Bigre, celui-là doit être vraiment bon, ou 
bien il est fou." Alors le type nommé Karaté s'est approché, leur seigneur 
de la guerre dont les gens disaient : "C'est un tueur. Il a été en prison 
pour meurtre." J'avais entendu parler de Karaté - son nom était écrit sur 
tous les bâtiments en graffiti - et donc c'était un de ces moments comme on 
en voit au cinéma. Ils disaient tous "C'est lui, Karaté! Tue-le ! Fais-en un 
exemple !" Karaté m'a regardé et a dit : "Je vais te tuer." Moi j'ai dit : 
"Eh bien, peut-être, mais auparavant je vais t'arracher tellement de 
morceaux que les gens sauront à jamais que tu t'es battu avec Vernon." Je 
l'ai regardé et il m'a regardé, et puis il a mis ses bras autour de moi. Il 
a fait de la place à la table et a dit : "Apportez-nous à boire !" Il a 
offert de me donner une fille. J'ai dit : "Non merci." Il a offert de me 
donner un appartement - vous savez les gangs contrôlent ce genre de choses. 
"Non, ai-je dit, j'ai déjà le mien, mais j'apprécie vraiment cet honneur." 
Ainsi, ils ont fait de moi un seigneur de la guerre d'honneur et ne m'ont 
plus jamais ennuyé. Au lieu de me descendre, au lieu de faire de moi un 
exemple, ils m'ont honoré parce que dans aucune des bagarres dans lesquelles 
je m'étais retrouvé face à eux, je ne m'étais jamais vanté ni rien. Je les 
ai toujours aidé à se relever, je m'excusais et expliquais qu'il n'était pas 
dans mon désir de leur faire mal, mais qu'ils m'avaient mis dans une 
position qui ne m'avait pas laissé de choix. Je les ai toujours traités en 
gentlemen et, ainsi, ils n'avaient pas envie de me tuer. C'était une 
expérience gagnante, voyez-vous ? Parce qu'ils me respectaient. Et dès que 
quelqu'un disait : "Mais qu'est-ce que c'est que ce gars qui a débarqué en 
ville et qui vous a tous battus ?", ils répondaient : "C'est notre seigneur 
de la guerre ; il est des nôtres." Mais je n'étais pas un membre de gang ; 
c'était un compromis.

WIE:Quelle était la source de votre confiance ? A-t-elle toujours été la 
même, ou a-t-elle changé à un certain moment ?

KT:Il y a une différence entre la source de ma confiance, tout court, et ma 
confiance en ma capacité de défense. Ces deux sortes de confiances ont 
commencé à se manifester à des époques différentes. Je suis né dans une 
famille chrétienne, et nous allions à l'église tout le temps - je veux dire, 
dès que les portes étaient ouvertes, nous étions à l'intérieur ! Et nous 
avions aussi des rituels de vénération à la maison ; avant d'aller au lit, 
nous devions prier et étudier la Bible, et toutes ces choses - donc, je 
venais de ce genre de famille. Maintenant, là d'où je ne venais pas, c'était 
d'une famille qui s'asseyait dans le noir ou sous les arbres pour méditer, 
et personne ne savait pourquoi je faisais cela. Mais dans cette méditation, 
dans ce silence, j'entrais en contact avec la source de la vie en moi, et 
j'étais en rapport direct avec elle. Ainsi, dans ce calme et ce silence, je 
me sentais tranquille et entier, et quand les gens commençaient à 
m'attaquer, j'avais deux sentiments : l'un était que je savais exactement 
quoi faire pour arrêter l'agression et le second sentiment était de ne 
vouloir faire de mal à personne. En tout cas, chaque fois que quelqu'un 
s'apprêtait à me frapper, je savais ce qui allait arriver, et je savais 
également : "je pourrais arrêter cela".
Mais même avec tout cela, je n'avais toujours pas la confiance nécessaire 
pour agir. C'est seulement lorsque j'ai commencé à chercher, puis à 
"réaliser", que j'en ai eu tout bonnement assez de me faire tabasser, ou que 
j'en ai eu assez d'essayer d'arrêter une bagarre en me faisant tabasser, 
parce qu'alors j'avais découvert les moyens de demander à Dieu : "Si vous 
m'apprenez, je protégerai les gens." J'avais entendu parler de Kitty 
Genovese qui avait été poignardée dans le Queens, et cela m'avait touché. 
J'avais seulement neuf ans alors, et j'étais blessé de ce que personne parmi 
les témoins de la scène n'avait cherché à l'aider. C'est ce qui m'a poussé à 
chercher à devenir suffisamment fort pour être capable d'aider toute 
personne en difficulté ; je ne voulais pas passer à côté d'une personne en 
danger sans rien faire, et je préférais mourir en me battant pour la sauver, 
plutôt que de passer mon chemin et mourir toute ma vie, sachant que je 
n'aurais même pas essayé de l'aider. Donc, quand j'ai commencé à approfondir 
cette question et à m'entraîner, les choses ont commencé à changer en moi, 
et tout cela faisait partie d'une grande expérience dans laquelle je n'étais 
pas celui qui faisait l'expérience, je ne faisais que rassembler tout ce qui 
avait toujours été là. Voyez-vous, ces choses étaient enseignées - elles 
étaient dans la Bible - et quand j'allais à l'église, je les entendais tout 
le temps. Ce que je commençais à comprendre, c'est que les gens 
n'appliquaient pas les enseignements à eux-mêmes. Ils croyaient que David 
pouvait terrasser Goliath, mais pas qu'eux-mêmes puissent le faire. Mais mon 
sentiment était que cet esprit qui avait été avec David était aussi en moi, 
et que, pour cette raison, douter que cet esprit puisse m'aider revenait à 
insulter le Créateur. Dans mon esprit, c'était très simple : si le Créateur 
était aussi en moi, alors pourquoi me tournerai-je vers David ?

WIE:Vous avez écrit qu'une transformation dans votre pratique des arts 
martiaux est survenue peu de temps après votre rencontre avec le maître zen 
Nomura Roshi, que cette transformation fut catalysée par votre initiation à 
la méditation zen, pratique nommée shikan-taza, et en particulier par un 
satori, une expérience d'éveil puissante, survenue pendant votre pratique. 
Est-ce que le but de votre pratique des arts martiaux a changé de manière 
substantielle après cette expérience, ou bien est-il resté plus ou moins 
identique à ce qu'il avait toujours été ?

KT:Le but de ma pratique n'a pas changé parce qu'il n'avait jamais été mon 
intention d'être une terreur, et que, j'avais la capacité de me battre avant 
d'avoir cette expérience en shikan-taza. Ce qui s'est passé, toutefois, 
c'est que ma pratique a pris de la profondeur. Ma méditation jusqu'alors 
m'avait fait connaître mon véritable lieu, mais j'avais encore besoin 
d'autre chose, et lorsque j'ai rencontré Nomura Roshi, j'ai pris soudain 
conscience de quelque chose en dehors de moi, quelque chose qui était 
au-delà de ce dont je faisais l'expérience, et j'ai vu qu'il me fallait 
faire un bond. J'avais construit des murs tout autour de moi, qui devaient 
être démolis. Alors, pendant deux ans, j'ai pratiqué le lâcher prise, ou 
plutôt le laisser tomber - laisser tomber le corps et l'esprit. Je me 
souviens que lorsque j'étais assis, j'ai plusieurs fois éprouvé une grande 
peur, car je sentais que j'étais en train de mourir. J'avais très peur. Je 
me disais "Oh, mon Dieu, je vais mourir, quelque chose est en train de 
m'arriver, je vais mourir." Mais je recevais le conseil de continuer et de 
me laisser aller à cette mort, alors j'ai décidé de faire précisément cela. 
J'ai dit "Bon, la prochaine fois que ça se reproduit, avec la vie que je 
mène maintenant, je vais simplement lâcher prise. Je ne sais pas ce que je 
fais ici : quel est le sens de tout ça, de toute façon ? Si je meurs, eh 
bien soit." Ainsi, par Nomura Roshi, j'ai reçu une initiation qui m'a mené à 
un autre niveau. Auparavant, j'étais devenu plus conscient de ce qui se 
passait. À présent, et de façon soudaine, cela ne faisait plus qu'Un avec 
moi, et il n'y avait plus d'art martial à connaître en tant qu'expérience 
séparée. J'étais devenu l'art martial, où que j'aille et quoi que je fasse.

Suite :
http://www.wie.org/FR/j20/turner2.asp 


begin 666 pixel.gif
K1TE&.#EA`0`!`( ``/___\# P"'Y! $```$`+ `````!``$`0 ("3 $`.P``
`
end


DateSujet  Auteur
28.03.
*   Mushin - l'art du "n
Mc Gyver
29.03.
`* Re: Mushin - l'art du "n
Kendoll
30.03.
 +- Re: Mushin - l'art du "n
tanuki 3.0
30.03.
 `- Re: Mushin - l'art du "n
Mc Gyver
Groups Explorer contact votre avis comment ça marche? rechercher un groupe suggérer un groupe abuse accueil du site   Imprimer cette page   Envoyer cette page à un(e) ami(e)