Il est de ces fièvres, de celles qui vous clouent à même le goudron, entre
deux gousses à boulets, cloué sur le tillac.
Le mieux est d'aller chercher le frais du côté de la proue, calme et assis
en tailleur sur un matelas de cordes à drisses, vous attendez la voile et le
pavillon anglais hissés haut sur la crête d'une déferlante, et, tout en
aiguisant le silex des pistolets, à rêvasser de pierres précieuses, barils
d'eau de vie et mulâtresses aux yeux de braises.
Il est de ces fièvres qui vous saisissent quelques instants avant la
bataille, comme un avant-goût de fournaise, remettant la peur au lendemain,
laissant le sort de la vie au plus grand des hasards.