"Jean-Marc Desperrier" <jmdesp@alussinan.org> wrote
> Mehdi Tibouchi a écrit :
>> [...] l'orientalisme naïf d'un Pierre Loti ?
>
> Pierre Loti était concernant le Japon plutôt loin de l'orientalisme naïf
> de ses contemporains, par exemple les Goncourt.
>
> Mais Loti n'a en réalité pas aimé le Japon. Si le Japon n'avait pas été
> aussi à la mode à l'époque, je pense qu'il n'aurait pas écrit Madame
> Chrysanthème. Ca lui évite l'enthousiasme benêt qui était la règle de
> l'époque, mais malheureusement ça n'en fait pas un observateur vraiment
> intéressant, car il n'avait aucun enthousiasme pour pousser l'observation
> et dépasser un niveau de banalité relativement creux.
La vision de Loti concernant le Japon a evolue au cours du temps.
Tout ne se resume pas a Mme Chrysantheme, une oeuvre singuliere et
passablement cryptique que beaucoup interpretent de manieres differentes.
Contrairement a ce que disent certains tout n'y est pas denigrement et
mepris.
Les Japonais lui tapaient sur les nerfs, il n'est pas le seul dans son cas
et si il fut peut etre le premier a le dire il a eu de nombreux successeurs.
Ca ne l'empechait d'admirer beaucoup d'aspects du Japon et des Japonais.
Les paysages, l'architecture, la civilisation du Japon, la patience,
l'ingeniosite, l'habilete des Japonais, leur raffinement artistique
suscitaient aussi son admiration sincere.
Et en ce qui concerne leur acharnement a se "moderniser" son admiration se
melait (a juste titre) de beaucoup de melancolie et surtout d'inquietude.
40 ans apres son dernier sejour c'etait la SGM, on peut imaginer une suite a
Mme Chrysantheme au cours de laquelle ci, octogenaire il est vrai, trouve la
mort a la suite du bombardement atomique de Nagasaki.
On trouve dans son oeuvre des reflexions tout a la fois fines et profondes
concernant ce pays et ce peuple, Mme C. n'est pas son seul livre sur le
Japon.
Loti etait un bi notoire et ses rapports transitoires (*) avec une frele
Japonaise de 18 ans se superposent au mm moment avec ceux plus
permanents qu'il avait avec "mon frere Yves", un gabier de la marine
nationale qui fut longtemps son inseparable compagnon, a la fois protege,
commensal et subalterne.
(*) "rapports" sur la nature exacte desquels on peut s'interroger.
Mm si "Kiku" l'enerve il admet son raffinement, sa grace, son elegance, ses
talents (ikebana, shamisen), sa parfaite education.
Lafcadio Hearn hyper-nippophile confirme avait la plus grande admiration
pour Loti.
Je m'interroge toujours l'origine sur la reputation de Loti et sur celle de
son "orientalisme naif".
Officiellement membre d'un establishment qui tolerait ses excentricites (en
raison de son talent d'ecrivain et de son inconstestable professionalisme
dans sa qualite d'officier de marine) ce qu'il a ecrit evoque le plus
souvent non un exotisme de pacotille mais une vision tres claire (objective
pour le present, juste pour l'avenir) et souvent tres pessimiste, a juste
raison.