Re: Prof de français sous prozac
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fr.education.divers ]
Sujet: Re: Prof de français sous prozac
De: Herve...@free.fr (Herve)
Groupes: fr.education.divers
Organisation: H
Date: 25. Apr 2008, 16:21:48
References: 1 2
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Pourquoi limiter ces conseils avisés aux seul enseignants ???
Ceux qui bossent plus de 40 heures par semaine doivent faire pareil,
ceux qui sont sur les chantiers sous la pluie au froid avec des jobs de
merde, pareil,
ceux qui bossent de nuit, pareil, ceux qui sont en déplacement 9 mois sur
12, pareil,
ceux que l'on a envoyé en Afghanistan, pareil,
faisons tous ,pareil, mettons nous en maladie, nous serons tous payés par la
sécurité sociale.
Au fait pour que la caisse de sécu se vide pas trop vite, il faudrait
convaincre les autres pays
de cotiser à notre système de santé.
L'idéal c'est de faire l'Europe de la Sécu, les allemands rempliront les
caisses
et nous on se mettra en maladie et on pourra glander peinard.
<@club-internet.fr> a écrit dans le message de news:
480f9eaa$0$21145$7a628cd7@news.club-internet.fr...
> Je n'ai qu'un conseil à donner aux profs : changez de métier ! Le
> gouvernement se fout de vous, les parents qui ne sont pas sortis de
> l'adolescence vous critiquent bêtement pour le plaisir, les élèves sont
> mal élevés, vous êtes mal payés, bref : vous ruinez votre santé pour
> pratiquement aucun retour... Je vous plains et j'admire la résistance
> physique et mentale de ceux qui persistent. Mettez-vous tous en dépression
> le même jour pour 2 semaines renouvelables, et profitez-en pour trouver un
> boulot où votre travail sera reconnu et rémunéré en conséquence. Le
> Ministère sera bien obligé de faire quelque chose.
>
>
> "stéphaneb" <briard@hotmail.com> a écrit dans le message de news:
> 48039fb0$0$833$ba4acef3@news.orange.fr...
>> La plupart des profs sont exploités jusqu'au trognon et la charge de
>> travail, sans parler de la pénibilité, ont triplé en trente ans. Beaucoup
>> cherchent à se reconvertir pour ne pas crever sur le tarmac.
>>
>> Parmi ceux-là, le prof de français (je parle de mon expérience en collège
>> et laisse les autres parler du lycée) est souvent l'ilote de service à
>> qui tout incombe et qui doit crever sur le métier. Mais au nombre de ces
>> ilotes se trouvent encore des intouchables dont le sort est moins
>> enviable, si c'est possible : les certifiés de lettres modernes. Les
>> bonniches.
>>
>> Etant moi même épargné, on me saura d'autant plus gré de dénoncer leurs
>> conditions de travail. Mais les miennes sont déjà dégueulasses et mon
>> empathie me fait mesurer avec effroi ce qu'elles seraient si j'avais une
>> classe de plus.
>>
>> Le professeur certifié de lettres modernes à temps plein, a en charge, en
>> principe, 4 classes (beaucoup trop lourd !) voire 5 classes (Du pur
>> délire !) , puisque 5è et 4è sont à quatre heures hebdomadaires .Ce
>> scandale est en train de devenir tout à fait naturel pour tout le monde,
>> puisque le temps qui passe et l'habitude font passer l'intolérable dans
>> le communémment admis)
>>
>> C'est évidemment le nombre de classes de français qui détermine la
>> quantité de boulot du prof.
>>
>>
>>
>> Il est à noter que celui qui a 4 classes en charge peut être à temps
>> partiel (!) avec 16 h (4*4) et que celui qui a cinq classes fait
>> seulement deux heures sup.
>>
>>
>>
>> Maintenant abordons le scandale connexe : celui des COPIES.
>>
>> 4 classes c'est disons 100 à 110 élèves
>> 5 classes c'est 125 à 135 élèves.
>>
>> Prenons la fourchette haute pour le nombre d'élèves (les classes sont de
>> plus en plus chargées) mais imaginons un prof , "moyennement" zélé, qui
>> donne "seulement" 3 rédactions/trimestre à chacune de ses classes.
>>
>> Cela fait, s'il a quatre classes, 330 rédactions, s'il en a cinq, 405. On
>> passe au minimum (!) 6 min sur une copie, non ? (et je devrais rajouter 6
>> min derrière pour décompresser, comme après une plongée en apneé,
>> totalement déprimante, dans de la bouillie pour les chats)
>>
>> Si l'on a quatre classes : 6*330=1980 min = 33 heures / trimestres
>> Si l'on a cinq classes : 6*405=2430 min = 40 heures 1/2 / trimestres
>>
>> Parce qu'il pense que c'est indispensable, Il fait aussi dans le
>> trimestre 3 contrôles de grammaire. Imaginons qu'il ne mette que 3
>> minutes (encore une hypothèse basse , mais la grammaire,c'est un peu
>> comme les maths, ça va plus vite, en principe et notre professeur a
>> calibré ses contrôles pour les corriger vite)
>>
>> Quatre classes : 3*110*3 =990min = 16,5 heures
>> Cinq classes : 3*135*3= 1215 min=20 heures 1/4
>>
>> S'il fait faire des dictées (3 dans le trimestre, après tout
>> l'institution en exige à nouveau depuis Fillon) et qu'il corrige très
>> très vite (2 min pour chaque) on a :
>>
>> Quatre classes : 2*110*3=660min =11 heures
>> Cinq classes : 2*135*3=675min=13,5 heures
>>
>> Bilan total :
>>
>>
>> Quatre classes : 33+16,5+11 = 60 heures1/2 de correction/trimestre.
>> Disons pour arrondir 61 heures
>>
>> Cinq classes : 40,5+20,25+13,5= heures de correction /trimestre = 84
>> heures 1/4. Disons pour arrondir 84 heures.
>>
>> Donc notre prof moyennement consciencieux (en fait il l'est à l'extrême
>> mais il l'ignore à cause de l'hypocrisie ambiante) qui donne TROIS
>> petites rédacs, TROIS petits contrôles de grammaire et TROIS petites
>> dictées ,(par classe) qui corrige vite (on peut le dire !!) et qui
>> "calibre" pour gagner du temps, passe entre 61 et 84 heures par trimestre
>> à corriger des copies.
>>
>> C'est absolument ENORME, en vérité. Chacun sait que la prise en charge de
>> quatre ou pire cinq classes de français est déjà proprement épuisant avec
>> les "nouveaux publics". Le prof de français paye de sa personne : il ne
>> peut pas laisser ses élèves reprendre en silence la dernière production
>> artistique en cours ou leur balancer toujours plus d'exercices pour
>> neutraliser le bruit et l'agitation ou souffler un peu.
>>
>> En fait, le professeur de français est quasiment "Hors Service" en fin de
>> semaine (nerveusement, moralement : c'est ainsi dans un métier à haute
>> interaction sociale, émotionnelle, humaine). Les problèmes de discipline
>> se sont multipliés dans les collèges et comme il n' y a plus aucune
>> orientation, il n'est pas rare que des élèves, plus du tout à leur place,
>> prennent en otage la classe tout entière. Ces élèves perturbateurs ont le
>> plus souvent une vie familiale totalement chaotique, certes. Mais là où
>> c'est l'intérêt collectif qui devrait prévaloir (l'intérêt de la classe
>> qui va être entièrement pourri par quelques meneurs), on fait prévaloir
>> l'intérêt individuel (en fait cet intérêt lui même est mal compris, car
>> ces élèves ne profitent en rien, à terme, de leur impunité permanente ni
>> des bontés démagogiques dont ils sont bénéficiaires). L'administration
>> ,en gros, laisse les situations pourrir, se gangréner et les profs faire
>> face à l'impossible.
>>
>>
>>
>> Les profs les mieux intentionnés (les petits jeunes) deviennent amers,
>> désabusés, malades souvent, devant ce manque de soutien répugnant, non
>> pas seulement des Principaux mais surtout de toute la hiérarchie pour qui
>> cette loi du pire, cette lente dégradation, relève d'une politique
>> d'abandon, de reniement, d'un service public qu'on laisse s'enfoncer
>> toujours plus dans le marasme. L'administration recherche ce qui coûte le
>> moins (en argent, dois-je préciser ? le coût humain, lui, est évidemment
>> exorbitant)
>>
>> Plus de crédits et plus de crédibilité. Le Titanic sombre et chacun
>> s'emploie à sauver sa peau et ses nerfs, dans la plus grande indifférence
>> pour le sort d'autrui : cette indifférence, cette absence de solidarité,
>> ces dénis de justice au quotidien, ne font qu'accélerer le processus de
>> faillite collective. Et la "pédagogie", on ne peut même pas s'imaginer à
>> quel point ce qu'on appelle l'Administration s'en fout !! On lui dirait
>> que le français c'est désormais 2 heures par semaine, elle continuerait à
>> organiser un samedi matin une réunion sur un projet d'établissement axé
>> sur la lutte contre l'illettrisme (j'ai vu ça ! les gens ne sont plus du
>> tout "sérieux", ils obéissent aux ordres).
>>
>>
>>
>> Autrefois, on allait dans le mur. Actuellement, contrairement à ce que
>> pensent certains on ne va plus dans le mur : on l'a traversé. Dégâts
>> irréversibles sur le rachis des principaux acteurs , mais personne n'a
>> encore pensé à essayer de se relever. Comme le courrier de Marathon qui
>> courait mort.
>>
>> La plupart des profs de français(ils sont selon moi en première ligne),
>> au bout de 10 ans de guerre fraiche et joyeuse, sont plus neurasthéniques
>> que les vétérans du Viet-nam, même s'il y a dix mille façons de ne pas le
>> montrer (aux autres ou même à soi même). L'activisme pédagogique signe en
>> général la phase finale de la maladie nerveuse et du renoncement.
>>
>> C'est par ailleurs un secret de polichinelle qu'il y a des matières
>> d'enseignement qui ne necéssitent quasiment aucune correction ou si peu.
>> Mon collègue d'espagnol se marre quand il part en week end (il corrige
>> tout sur place, pendant ces cours et ça ne l'empêche pas d'être un très
>> bon prof de langue vivante). Je n'ajouterai rien sur les arts plastiques,
>> l'EPS, etc...Les intéressés en conviennent d'ailleurs très bien eux
>> mêmes, dans les couloirs, en OFF et pas en ON, évidemment. Ces collègues
>> ne sont pas souvent affligés d'avoir des heures sups(ils les réclament
>> parfois !) et ils sont très rarement à temps partiel, alors que les
>> collègues de lettres modernes et les collègues de français en général
>> connaissent une explosion des demandes de temps partiel... juste pour
>> survivre !
>>
>> Etonnante injustice dont chacun s'accommode.Au royaume de Danemark tout
>> est pourri du fruit à la racine.
>>
>> Un autre fait n'est guère contestable : un enseignant certifié de lettres
>> classiques qui n'a qu'une ou deux classes de français (ce devrait être la
>> norme pour tout le monde) et fait par ailleurs du latin est infiniment
>> moins exposé au "burn out" que ses collègues de lettres modernes. J'ai
>> d'ailleurs une bonne collègue de lettres classiques qui passe ( à juste
>> titre d'ailleurs) pour un excellent professeur de français aux yeux des
>> parents. Mais c'est essentiellement parce que n'ayant en charge qu'une
>> seule classe de français (ou deux, au pire !) elle peut multiplier les
>> fameux contrôles (notamment rédactions) dont les parents sont si friands
>> (et ils ont bien raison). Elle travaille "à l'ancienne" : plein de
>> contrôle de grammaire, plein de dictées, plein de rédactions. Elle peut
>> se le permettre, n'ayant que deux classes ! Par où l'on voit clairement
>> que c'est le nombre de classe de français qui détermine le zèle du
>> correcteur et la fréquence des travaux écrits.
>>
>> Il ne s'agit pas de jalouser ses conditions de travail mais plutôt de
>> demander que chacun puisse enseigner décemment. La baisse des horaires
>> /élèves induit un surcroit de travail énorme pour (certains) profs qui
>> essayent de s'"adapter" : mais c'est bien souvent "marche ou crève" et
>> pas mal crèvent , en effet. Le cynisme ou le désespoir gagnent du
>> terrain, un certain "je m'enfoutisme" aussi. Quand on ne peut plus faire
>> les choses, on fait de plus en plus n'importe quoi et on le fait mal...
>>
>> Pour vivre heureux, vivons cachés, me disait un collègue ? Mais est-on si
>> heureux que ça ?
>>
>> Pas "d'heure de vaisselle" pour se refaire une santé, pas d'"heure de
>> cabinet". Plus d'heures en demi groupe, pour le plus grand bien des
>> élèves et du professeur. De l'abattage. Rien que de l'abattage. Et ce
>> n'est pas de changer de programme en français qui améliorera cette
>> "qualité de vie" scolaire et pédagogique infecte, aussi bien pour le prof
>> que pour ses élèves. Le prof morfle et les élèves pâtissent.
>>
>> Pendant ce temps, tout le monde attend des résultats en français. Tous
>> les regards convergent vers le prof de français, si important, alors que
>> les autres arrivent à se faire gentiment oublier. Les parents, exigeants,
>> comptent les contrôles, evaluent leur densité, leur régularité, vous
>> taille une réputation à l'aune de leurs attentes bien compréhensibles.
>> Ils ne savent pas que l'école et le prof ne sont plus en mesure d'être à
>> la hauteur de leurs attente, hélas. Ils ne peuvent plus que tromper le
>> monde.
>>
>>
>>
>> Quelques mauvaises solutions, en vrac, pour survivre en milieu hostile :
>>
>> 1/-Faire une "évaluation de fin de séquence" comme pas mal de nouveaux
>> collègues frais émoulus des IUFM. Ah, la note UNIQUE ! Ah le
>> décloisonnement !! Pour une fois les pédagogos ont pensé à la bourrique
>> enseignante (si elle crève, qui va tirer la charrue ? ont-il peut être
>> pensé) Le seul ennui : on est en train petit à petit de nous dire "Ouais,
>> mais ce serait bien de continuer quand même à faire des rédacs !! Ouais
>> et pis quelques dictées !! et un peu de grammaire, aussi, tant que vous y
>> êtes !!!" Même des connards de pédagogos (devant le désastre)
>> redécouvrent l'évidence !
>>
>> Le gros bémol que j'y mettrais, c'est qu'on n'est plus aux temps (bénis
>> !) où les 6èmes avaient neuf heures. Oui vous lisez bien NEUF heures !
>> Neuf heures / prof, six heures /élèves ! Trois heures en groupe !
>>
>> Non il va falloir se serrer la ceinture. Prochain horaire de français : 3
>> h par classe ! Mon certifié de lettres modernes aura 6 classes ! Et il
>> n'aura qu' à fermer sa gueule ! Sinon on lui demande 5 rédacs par classe
>> ! Elle est bien bonne celle là ??
>>
>> 2/Se faire payer les copies en HSE ? idée de Rocard.
>>
>> 3/Devenir bivalent et enseigner une matière plus tranquille en complément
>> ?
>>
>> 4/Exiger que les profs de français n'aient pas plus de trois classes
>>
>> 5/Tous les profs de français à quinze heures. Ca a été proposé autrefois
>> mais les syndicats n'ont pas voulu (l'égalité, c'est forcément dix-huit
>> heures pour tous,c'est mathématiques)
>>
>> 6/Se flinguer. (dans une salle des profs ce serait mieux que chez soi,
>> pour faire avancer la cause commune. En tout cas, si les profs de
>> français avaient une arme de service, ils seraient devant les flics pour
>> le nombre de suicide)
>>
>> 7/Faire semblant de corriger (technique de pas mal, à qui je ne jette pas
>> du tout la pierre), bâcler à mort, faire de l'auto-correction, inventer
>> des moyens bidons de multiplier les notes comme Jésus multipliait les
>> pains. Cacher ces "trucs" derrière de la soi disant "innovation".
>>
>> 8/Mi temps thérapeutique (six mois après c'est mi-traitement)
>>
>> 9/ Temps partiel . Vous aurez moins envie d'ouvrir le gaz en fin de
>> semaine, vous aurez le temps d'avoir une (petite) vie sexuelle avec votre
>> partenaire et vous corrigerez vos copies avec un peu plus d'allant (à
>> peine).Vous vous crèverez quand même à la tâche et gagnerez presque le
>> SMIC. N'envisagez pas de retraite décente.
>>
>> 10/Sous-traiter les corrections
>>
>> 10/faire des QCM
>>
>> En tout cas, si on compte le nombre d'heures de correction il ne
>> paraitrait pas injuste que le prof de lettres modernes ait un mois de
>> vacances en plus dans l'année. Et même davantage !
>>
>> 84 heures de correction/trimestre (pour les charlots à trois rédacs)
>> quand d'autres en sont à zéro ou deux : tous les week ends y passent et
>> plus encore. Les profs de français sont des gentilles petites gagneuses
>> totalement soumises à leurs macs. Quand on pense que certains IG, voulant
>> encore faire un peu plus suer le burnous, ont suggéré dans un rapport
>> récent qu'il "n y avait plus assez de rédactions" (évidemment puisqu'ils
>> ont niqué toutes les heures et qu'ils rendent le métier impossible à coup
>> d'injonctions débiles), la seule bonne réponse à ces cossards
>> planqués -presque tous des mecs, évidemment- serait qu'il aille se faire
>> mettre (et je reste poli !) ou qu'ils viennent corriger eux mêmes (on va
>> rire !).
>>
>> Si les productions écrites des élèves d'aujourd'hui sont presque
>> totalement incorrigibles (sauf à les récrire de A à Z), c'est en partie à
>> cause d'eux et de la lâcheté ambiante, à tous les niveaux de la
>> hiérarchie.Le prof ne veut pas faire de peine à son IPR (en général,
>> c'est un peu intéressé...) qui dore la pillule à son IG, lequel IG fait
>> reluire les godasses du directeur de cabinet qui astique les pompes du
>> ministre délégué, qui lèche le cul du ministre. Quant au ministre, il ne
>> va pas contrarier son Président ! "Le niveau monte ! Des mesures phares
>> ont été prises !! L'illettrisme sera jugulé grâce au Socle commun !! On
>> va même faire des économies, Monsieur le Président !" On ment à tous les
>> niveaux de la pyramide, chacun tire son épingle du jeu, dans son
>> coin.Lâchété, veulerie, pleutrerie,égoïsme, défaussage
>>
>> Mais j'en reviens à mon ilote intouchable : il accepte le plus souvent
>> son esclavage. Même s'il est plus ou moins dans le Semblant, il navigue à
>> vue entre mauvaise conscience, auto culpabilisation, masochisme,
>> rédemption par la douleur ou hypocrisie extrême. Dans tous les cas de
>> figure, il souffre. Ou il souffrira (45 ans de carrière, c'est long sur
>> la fin). Ce n'est pas son métier qu'il n'aime plus, mais les conditions
>> actuelles, moralement et matériellement inacceptables.
>>
>> Et puis B2i, conseils pédagogiques, sorties "culturelles", réunions à la
>> con, conseils de classe d'une inutilité morbide (plus d'enjeu a part
>> "faire passer", une guignolade), brevet bidon, évaluations bidon, cahier
>> de compétences bidon, toutes ces activités vides de sens, déprimantes, et
>> totalement asphyxiantes pour des neurones normalement constitués ( a quoi
>> s'ajoutent deux samedis matin de rattrappage de Pentecôte où on vient,
>> sur des brancards, pour discuter du projet d'établissement) empêchent
>> très très bien le prof de français de sortir la tête de l'eau : c'est
>> retour de la tête dans la baignoire à la premire goulée d'air. Interdit
>> de lire et de préparer un cours. Et puis les copies, les copies !
>>
>> Le supplice est assez raffiné mais après les premiers acccidents
>> cérébraux, on s'y fait.
>>
>> On me dira qu'il vaut mieux être certifié de lettres modernes que pute
>> albanaise sans papiers. Mais ça reste à prouver. Au pays des profs, c'est
>> un peu la fille de ferme à qui on demande tout et qui bosse encore quand
>> toutes les lumières sont éteintes et que tout le monde est parti.
>>
>> Au rythme où vont les choses, on peut prévoir que les hopitaux
>> psychiatriques de la MGEN vont devoir ajouter des ailes pour loger de
>> plus en plus de profs. On devrait prévoir spécialement un nouveau
>> bâtiment pour les profs de français. Quant aux malheureux certifiés de
>> lettres modernes, l'urgence est telle, qu'il est prévu de monter à la
>> hâte pas mal de préfabriqués dans la cour. Ils seront bien, en rez de
>> jardin.
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