Historicité de la guerre de Troie : conc lusions
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Sujet: Historicité de la guerre de Troie : conc lusions
De: sarbone.ave...@otenet.gr (Chaeréphon)
Groupes: fr.soc.histoire.antique
Organisation: Ami de Farinet
Date: 05. Jul 2008, 13:32:02
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CONCLUSION
L’épopée
L’étude de la civilisation homérique fait ressortir le caractère
artificiel de ce monde du point de vue historique : on ne peut le
réduire à l’image d’une époque unique, que ce soit l’époque
mycénienne
ou l’époque archaïque. C’est un monde mixte.
Il en va de même pour la géographie homérique : le catalogue des
vaisseaux est une adjonction archaïque.
La vision homérique n’est pas historique, elle n’est pas non plus
mythique ; elle est héroïque : elle magnifie simplement le passé en tant
que passé.
L’archéologie
L’archéologie n’apporte aucune preuve de l’historicité de la guerre de
Troie rapportée par Homère.
Non seulement la guerre de Troie n’a pas laissé de traces probantes sur
le terrain, mais ni les documents archéologiques retrouvés sur le
terrain ni les éléments matériels décrits par Homère ne confirment
l’historicité de la guerre, ne prouvent l’existence d’une tradition
ancienne relative à la guerre de Troie et remontant nécessairement Ã
l’époque mycénienne, ne comportent de références précises à la
civilisation mycénienne.
Les rares éléments homériques qui pourraient être rattachés au monde
mycénien proviennent sans doute de la tradition orale, formulaire, sans
relation nécessaire avec la guerre de Troie.
L’idéologie
En fait, Homère semble plutôt constituer une référence idéologique pour
une classe sociale du 8e s. Mais l’idéologie que l’on peut voir sur les
vases du 8e s. ne provient pas nécessairement de l’épopée. L’épopée
peut
tout aussi bien refléter l’idéologie du moment (cf. hérôon de Lefkandi
antérieur à Homère).
Il ressort donc de ce parcours qu’il faut dissocier guerre de Troie et
histoire, Homère et guerre de Troie. Celle-ci, ou une autre, a peut-être
laissé des traces dans la mémoire collective. Mais on peut tout aussi
bien penser à un texte fait sur commande pour magnifier les exploits des
aristocrates guerriers du 9e s. lors d’une expédition en une terre
lointaine, d’où ils ont rapporté – c’est en tout cas l’image qu’ils
essaient de donner – gloire et richesse.
Explication historique
Le monde mycénien est un monde essentiellement agricole. Le commerce
lointain prend souvent la forme de razzias, et se concentre surtout sur
des objets de luxe, butin ou cadeaux.
Après la chute du monde mycénien, un peu plus tardive semble-t-il en
Eubée, l’aristocratie essentiellement terrienne, occasionnellement
guerrière (razzias), et notamment l’aristocratie eubéenne, est réduite Ã
survivre par les armes, outre qu’elle a sans doute perdu une partie de
son pouvoir légitime, peut-être par simple lassitude des groupes
inférieurs. Cela peut se constater dans l’importance des scènes de
combat dans l’imagerie du 8e s.
Il est naturel que ce groupe s’accroche avec nostalgie à ses avantages
et valeurs passés. Mais les changements sociaux l’obligent à rechercher
une justification de cette attitude, soit à fonction de ralliement pour
la classe elle-même, soit à fonction de stabilisation, pour l’ensemble
de la société.
D’où l’apparition d’une idéologie héroïque, mise en œuvre dans les
images et dans les textes.
Et c’est dans ce cadre là qu’il faut comprendre le rituel de Lefkandi,
qui a frappé par sa richesse, et par sa nouveauté sans doute, et a servi
de modèle à Homère. C’est aussi le geste d’une classe qui a la nostalgie
du temps passé et du monde (mycénien) perdu, qui refuse les nouveautés
civiques, notamment le combat hoplitique à pied, comme on le voit dans
la convention réglant l’usage des armes dans la Guerre lélantine, qui
refuse les innovations techniques et se livrera « à l’ancienne ».
Les expéditions lointaines dans le sillage des Peuples de la mer, dont
le « guerre de Troie » n’est peut-être qu’épisode secondaire, voire
légendaire, puis la colonisation fourniront à cette classe l’occasion
(un exutoire ?) d’accomplir des exploits et de s’enrichir, qui compense
ce qu’ils ont perdu avec la chute du monde mycénien. Il n’est pas
indifférent de constater que la première colonisation fut eubéenne et
que c’est dans les colonies eubéennes que cette idéologie se répand
d’abord et très vite. Cela peut aussi expliquer le retard des vases
attiques sur la réalité selon Johansen.
On peut noter aussi que l’apparition de l’imagerie de la guerre et de la
mort est contemporaine de l’apparition des héros civiques (Érétrie),
c'est-à -dire de la disparition des classes aristocratiques. C’est au
moment où cette classe est en train de disparaître et où elle le sent,
qu’elle affirme encore plus fort et plus souvent son idéologie.
Homère et l’Eubée
Dans la problématique ci-dessus, on a pu constater l’importance de
l’Eubée (rituel de Lefkandi, guerre lélantine, héroïsations d’Érétrie).
L’Eubée semble avoir joué un grand rôle à l’âge du Bronze, à cause des
mines de cuivre de Chalcis, les seules de Grèce.
Par ailleurs, au niveau légendaire, la flotte achéenne se rassemble Ã
Aulis, en face de la plaine Lélantine, sans doute pour des raisons
d’approvisionnement. Achille s’était caché à Skyros, île qu’on atteint
essentiellement à partir de l’Eubée.
Sur le plan archéologique et littéraire, le premier exemple de narration
sur un objet artisanal est constitué par le Centaure de Lefkandi (2e
moitié du 10e s., quasi contemporain de l’hérôon).
Dans la phase géométrique récente de Lefkandi, on a retrouvé de nombreux
graffitis en alphabet eubéen archaïque, les plus anciens témoignages de
l’écriture en Grèce. On a également de nombreux graffitis sur vases
géométriques à Érétrie. Pithécusses, colonie eubéenne, a fourni la coupe
de Nestor, qui porte trois vers épiques en alphabet eubéen, l’un des
plus anciens textes grecs connus (vers 725).
Par ailleurs, on a retrouvé à Érétrie, dans un contexte datant du
géométrique récent (fin 8e) du sanctuaire d’Apollon Daphnéphoros, une
œillère nord-syrienne datant du milieu du 9e s. et portant une
inscription araméenne datée de la fin du 9e s.
Cela pourrait justifier l’expression de K. Schefold : « l’Érétrien
génial qui inventa l’alphabet ».
On a ainsi l’impression nette que idéologie "homérique" de type héroïque
et tournée vers le passé, en réponse à la naissance de la cité, épopée
ionienne et début de l’art narratif, invention de l’alphabet,
transcription écrite de la poésie orale et diffusion de l’épopée,
expéditions coloniales lointaines et guerres de type rituel ou passéiste
(guerre lélantine), sont étroitement liés, et ce notamment dans la
région d’Érétrie, autour des hérôons de Lefkandi et d’Érétrie, et
vers
le milieu du 8e s. Cette concordance géographique et chronologique
d’autant d’éléments liés dans la pratique et l’idéologie n’est sans
doute pas due au hasard !
D’où notre question finale : Homère était-il eubéen ? (cf. « Did Homer
sing at Lefkandi ? » in
<http://scholar.lib.vt.edu/ejournals/ElAnt/V1N2/powell.html>).
--
<http://users.otenet.gr/~sarbonne/actualite.html>
Amicalement. Chaeréphon
"Je ne crains rien, je n'espère rien, je suis libre".
<http://users.otenet.gr/~sarbonne/index.htm>

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