Historicité de la guerre de Troie 7
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Sujet: Historicité de la guerre de Troie 7
De: sarbone.ave...@otenet.gr (Chaeréphon)
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Organisation: Ami de Farinet
Date: 04. Jul 2008, 13:08:39
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Idéologie
À défaut de pouvoir référer à l’épopée ce que les vases nous montrent
de
la mort à l’exclusion des tombes, faut-il y voir malgré tout un sens,
qui ressortirait alors à une idéologie ? On pourrait déjà le soupçonner
en constatant avec Andronikos que si certaines phases du Totenkult ont
une signification précise, importante dans le rituel funéraire, et ont
par conséquent quasi obligatoires, d’autres phases, d’autres gestes sont
au contraire occasionnels, ne répondent pas un but aussi précis, et
peuvent se prêter à des manipulations.
Hinrichs interprète ces scènes comme une amélioration des cérémonies de
la vie réelle. Kübler y voit « ein Ersatz für die fehlende Wirklichkeit
». Les grandes scènes de prothésis et d’ekphora ne seraient que des
substituts des fêtes réelles pour l raison que les jeux et les grands
défilés d’hommes et de chars qu’on entrevoit sur les vases étaient sans
doute difficiles à organiser, vu le manque de place à proximité
immédiate des cimetières. De telles fêtes funéraires devaient être
rares, pratiquées seulement par les familles nobles, dan leurs grands
domaines de l’intérieur. C’est d’ailleurs dans les petites nécropoles
rurales que l’on a retrouvé quelques tombes comptant parmi les plu
riches (Anavyssos, Éleusis, Phalère).
Si idéologie il y a, de quelle nature est-elle ? Se réfère-t-elle à une
modèle homérique ?
Aux funérailles de Patrocle, il semble qu’il y ait prothésis dans le
même sens que sur les vases (Il. 23, 13) : trois fois autour du cadavre,
les Myrmidons poussent leurs chevaux. Il faut noter aussi une procession
de chars et de guerriers autour du tombeau, après que le cadavre a été
brûle et enterré.
Pour l’ekphora, il faut signaler que Patrocle est porté par les siens et
non véhiculé sur un char. Les vases d’autre part ne montrent rien du
bûcher ou du rituel tel qu’il apparaît chez Homère : Achille et les
Myrmidons coupent leurs cheveux sur le cadavre de Patrocle ; ses amis
lui offrent du miel et de l’huile.
Le modèle homérique des funérailles repose cependant sur le fait que
l’on brûle le mort avec ses armes (Il. 6, 418). Les cas de Patrocle et
d’Hector sont particuliers puisque tous deux ont été dépouillés de leurs
armes au combat. À trois reprises seulement, les armes sont indiquées
sur les scènes de prothésis. Par contre les vases offrent une scène
curieuse, où l’on voit un assistant porter de la nourriture à la bouche
du mort, ce que les textes ne mentionnent pas.
Il n’y a donc rien de pertinent dans la comparaison entre les vases et
les textes, qui permette de dire que le peintre illustre l’épopée ou
s’en inspire. Les lamentations des familiers, même les grands défilés
d’hommes en armes et de chars peuvent aussi bien lui avoir été donnés
par la réalité. Nous avions abouti à la même conclusion pour les armes.
Contrairement à Webster qui voyait une référence épique dans les
boucliers du Dipylon, si fréquents dans les scènes de prothésis et
d’ekphora, à cause d’une réminiscence éventuelle de l’époque
mycénienne,
Ahlberg a montré que le bouclier du Dipylon imite un bouclier réel de
l’époque, de même que le bouclier rond, et que le passage du premier au
second sur les vases est dû à des raisons stylistiques.
Tombes et textes
L’époque mycénienne inhume, l’époque homérique incinère ! Pour Mylonas
(in Companion to Homer), il n’y a rien de commun entre les coutumes
funéraires telles qu’elles sont décrites dans les poèmes homériques et
le résultat des fouilles de Mycènes et de Pylos. Le passage de
l’inhumation à la crémation se situe aux 12e-11e s. On peut interpréter
cette donnée comme une simple évolution, mais aussi comme une mode
apparaissant avec l’épopée (selon l’opinion d’Andronikos). Les
funérailles de Patrocle auraient provoqué une espèce de déclic amenant
le changement de coutume funéraire, à cause de la valeur e4xemplaire de
l’épopée pour les nobles. Mais puisque Homère ne peut s’inspirer de
l’époque mycénienne, d’où lui est venue l’idée de brûler Patrocle ?
Il
commet d’ailleurs un anachronisme, puisqu’à l’époque de la guerre de
Troie, on inhumait en Grèce. On a dit que la situation d’urgence qu’est
la guerre avait obligé les Grecs à se contenter de ce procédé. Mais
Hector, qui est dans sa patrie, n’est pas inhumé… D’ailleurs il a fallu
neuf jours aux Grecs et aux Troyens pour rassembler le bois nécessaire
aux bûchers de leurs défunts ! Homère s’inspire donc peut-être de la
réalité de son temps.
Mylonas écarte cependant avec vigueur les rapprochements qui ont pu être
faits entre la crémation pratiquée dans l’Attique protogéométrique et
celle dont témoignent les poèmes homériques. En effet, à Athènes, rien
dans la tombe ne correspond à Homère ! Au Céramique, les armes sont si
peu nombreuses qu’on peut à peine parler d’usage, mais plutôt
d’exception. D’autre part, la pratique de l’urne en bronze est inconnue
; les rares lébès retrouvés indiquent plutôt la richesse des offrandes.
L’incinération secondaire est progressivement abandonnées au profit de
l’incinération primaire, on abandonne la notion de bûcher séparé de la
tombe. La tombe homérique n’est le lieu d’aucune cérémonie ; l’urne
enterrée, on s’en va ; au Céramique par contre, on trouve de nombreuses
traces d’offrandes et de libations sur la tombe.
Le bilan est donc très négatif : peu de choses sur les vases et dans les
tombes correspond à un modèle homérique ; pour les quelques concordances
relevées, on ne peut affirmer avec certitude s’il y a influence d’Homère
sur les vases ou les tombes, ou si tous les documents s’inspirent en
fait de la réalité contemporaine.
--
<http://users.otenet.gr/~sarbonne/actualite.html>
Amicalement. Chaeréphon
"Je ne crains rien, je n'espère rien, je suis libre".
<http://users.otenet.gr/~sarbonne/index.htm>

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