Re: De l'incapacité à raconter la fin
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Sujet: Re: De l'incapacité à raconter la fin
De: regis.gron...@gremlinifrance.com (R.V.Gronoff)
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Organisation: Guest of ProXad - France
Date: 23. Apr 2008, 22:15:08
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"Anaconda" <anaconda@paflechien.fr> a écrit dans le message de groupe de
discussion : mn.7a787d8406734006.27712@paflechien.fr...
> Attention, quelques spoilers peuvent se cacher dans les lignes qui
> suivent.
>
> J'ai vu hier /The Mist/ adaptation ciné de la nouvelle éponyme de Stephen
> King et, comme pour /Je suis une légende/ vu il y a quelques temps, je
> trouve que la fin trahie l'oeuvre originale.
> Dans /Je suis une légende/, version écrite, l'humanité vit ses derniers
> instants. Rien ne va la sauver.
> Dans /The Mist/, la nouvelle, rien n'indique non plus qu'il y a un espoir
> de sauvetage. La brume semble tout recouvrir et si l'humanité n'est pas
> encore morte, elle semble bien mal barrée.
> Les versions ciné n'ont pas osé allé jusque là. Un antivirus est trouvé in
> extremis par Will Smith et la cavalerie arrive à la fin de The Mist (trop
> tard pour sauver le héros mais l'essentiel, la survie de notre
> civilisation, semble préservé)
> Je me souviens d'au moins deux romans, en plus des deux sus-cités, qui
> narre la fin définitive du monde. /Génocides/ de Thomas Disch et /Le
> troupeau aveugle/ de Brunner. Une multitude de nouvelles prennent
> également plaisir à nous montrer notre mort en tant qu'espèce.
> Y'en a-t-il d'autres ?
> Quand aux films, alors là, de mémoire, je n'en voit pas.
> Il est dommage que le cinéma ne puisse s'affranchir encore de son côté
> spectacle et divertissement et n'ose pas perturber le spectateur en lui
> racontant la fin...
>
La fin du monde signifie la fin de toute objectité. Or le cinéma est tout
entier dans l'objet, à la différence du livre et, plus encore, de la parole
vivante.
La fin du monde, c'est l'émergence une fois pour toute de la réalité "Je"
qui est au tréfonds de l'existence depuis toujours, y compris bien sûr en ce
moment même.
Le livre peut dans une certaine mesure - du fait que le texte pur est
absolument abstrait et non représentatif - nous donner un écho de
l'extinction de tout objet sensible, puisqu'il crée en nous des
perceptions - lumière et sons - de la nature du corps subtil et du rêve.
Le cinéma ne crée rien en nous mais nous bombarde d'images préconstruites
totalement illusoires(*). Le cinéma vraiment créatif serait celui qui nous
montrerait le projecteur, l'écran, la lumière et le spectateur comme une
seule et même réalité. Seul ce cinéma-là serait à même de nous montrer la
fin du monde, c'est à dire la dissipation de l'illusion de l'ego.
(*) "Les yeux sont la fenêtre de l'âme. Le cinéma en constitue les volets de
fer." -- Franz Kafka

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