Nous avions déjà eu, comme ambassadeur de France en Algérie, Hubert
Colin de Verdière qui, question repentance, n‘était pas piqué des
hannetons. Eh bien, le pire est toujours possible. La preuve, son
successeur, Bernard Barjolet.
S’exprimant devant les étudiants de l’université du 8 Mai 1945 à Guelma,
Bernard Barjolet, ambassadeur de France, rappelons-le, et non
propagandiste fellouze en principe, a déclaré :
— Aussi durs que soient les faits, la France n’entend pas, n’entend
plus, les occulter. Le temps de la dénégation [des crimes de la
colonisation] est terminé. Le 8 mai 1945, alors que les Algériens
fêtaient dans tout le pays, au côté des Européens [qui n‘étaient pas des
Algériens, eux ?] la victoire sur le nazisme à laquelle ils avaient pris
une large part, d‘épouvantables massacres ont eu lieu à Sétif, Guelma et
Kherrata.
Il va encore, pour faire bonne mesure, souligner « la très lourde
responsabilité des autorités françaises de l‘époque dans ce déchaînement
de folie meurtrière [qui a fait] des milliers de victimes innocentes,
presque (sic) toutes algériennes ».
Une prise de position historique (à défaut d‘être celle d’un historien…)
: c’est la première fois qu’un représentant officiel de la France
qualifie de « massacres » la répression qui suivit le soulèvement de
Sétif. Hubert Colin de Verdière avait, quant à lui, qualifié cette
répression de « tragédie inexcusable ». Avec Bernard Barjolet, on a
encore passé un cap. Le plus simple, pour le prochain ambassadeur (et
dans la lignée de ce que subit naguère, en 1962, le consul de France à
Alger), sera de baisser saroual et d’attendre que ça se passe…
Notons que Barjolet n’est que la voix de son maître. Et que sa
déclaration intervient cinq mois après un discours de Sarkozy à
l’université de Constantine, discours au cours duquel le chef de l’Etat
avait évoqué « les fautes et les crimes du passé [colonial] français en
Algérie », fautes et crimes qualifiés d’« impardonnables ».
S’autorisant de telles déclarations, l’ambassadeur en a remis une couche
: « Ces massacres ont fait insulte aux principes fondateurs [lesquels ?
la Terreur ? le génocide vendéen ?] de la République française et marqué
son histoire d’une tache indélébile [comme dans Hamlet, dis…]. »
Des crimes « inqualifiables », une tache « indélébile »… C’est plus des
excuses ou de la repentance que vont exiger de la France les maîtres
d’Alger, mais qu’on se fasse hara-kiri et qu’on leur laisse la clef de
la maison, du coffre et de la voiture…
Pour ceux qui, par-delà la danse du ventre de l’ambassadeur Barjolet,
voudraient connaître les réalités du soulèvement du 8 mai 1945 à Sétif,
qui fut tout sauf pacifique (plus de 110 Français massacrés par les
émeutiers), on ne saurait trop conseiller la somme de Roger Vétillard
(600 pages) aux Editions de Paris, Sétif, mai 1945. C’est le fruit d’une
enquête de sept ans.