On 19 fév, 18:00, jrobinss <julien.robins...@gmail.com> wrote:
> On 18 fév, 17:44, Mathias Rocher <mathias.roc...@hotmail.fr> wrote:
>
> > Le 16 février, à 13h40, ChrisMan <cman...@free.fr> a osé écrire :
>
> > > La série "Donjon", à l'origine énorme /private joke/ destinée aux
> > > trentenaires amateurs de /Casus Belli/ et /Jeux et Stratégies, /ayant
> > > évoluée en un avatar de "Star Wars - Seigneur des anneaux" à la violence
> > > un peu trop simple et l'humour un peu trop facile,
>
> > Pfff... ce qu'il ne faut pas lire, quand même !
>
> C'est un peu ce que je me suis dit. :-)
> (ChrisMan, c'est pas un troll délibéré dis-moi? :-) )
En tout cas ça y ressemble, d'autant plus que ce n'est pas vraiment ce
qu'il voulait dire. Enfin bon, si ça fait parler de Donjon...
> Allez, pour le fun, voici une bonne vieille analyse philosophique d'un
> Donjon par un ex-frabien:http://membres.lycos.fr/trondheim/donjon99.html
> (pas bravo pour le fond d'écran qui rend le truc illisible, mais perso
> je sélectionne tout et je lis en blanc sur fond sombre)
Merci pour le lien. Je connaissais cette analyse et elle est vraiment
très bien. Bon, au moins je n'aurais pas à défendre "La Chemise de la
Nuit".
> Au passage, s'il y a bien une chose qui distingue Donjon (et
> d'ailleurs c'est un peu une marque de fabrique de ces tarés de
> stakhanovistes que sont Trondheim et Sfar), c'est la liberté des
> auteurs et leur inventivité. C'est comme si à chaque instant ils nous
> disaient, tiens, j'ai envie de te raconter ça, hop ! Du coup, moi qui
> suis le premier à me plaindre qu'un auteur ne finisse pas son
> histoire, je ne peux rien dire ici, car le contrat implicite, au lieu
> de "achète, lecteur, ça me financera le suivant où je te raconterai la
> suite", est plutôt, "tiens, voilà le dernier, on promet rien, mais on
> en est là".
Si on veut... Mon impression est plutôt que ce qui fait de Donjon une
série hors normes, c'est que même s'ils construisent vraiment un
univers comme le veut le genre Heroic Fantasy où ils s'inscrivent, ils
réussissent souvent à sortir des albums totalement inattendus et
vraiment originaux. C'est pour ça qu'on a envie de les suivre, encore
plus que pour les développements de l'histoire elle même.
> Même si, comme pour "les profondeurs", on se demande
> parfois où ils vont...
Alors on commence avec "Les Profondeurs". C'est parti !
Cet album s'attache à un personnage parfaitement secondaire de la
série, puisqu'il n'apparait dans aucun autre album. Le monde sous-
marin qu'il décrit n'est qu'à peine évoqué dans le premier Donjon
Crépuscule... C'est donc un exemple frappant de ce que j'écrivais plus
haut : L'intérêt de Donjon, c'est qu'on est surpris.
C'est donc l'histoire de Noyeuse, poissone adolescente qui échappe de
justesse aux sévices d'un groupe de soldats venus trucider sa famille
(par erreur en plus), en se faisant passer pour l'un d'entre eux. Elle
va de cette manière se trouver entrainée dans un engrenage implacable
de violence. Pour la forme, ça ressemble à un roman picaresque : un
antihéros, ici une antihéroïne, dont les actes sont purement guidés
par l'instinct (de survie et de vengeance), et qui par son parcours
singulier nous fait découvrir tout l'envers d'un monde en pleine
déliquescence.
Et il faut bien reconnaitre que le mélange de sexe et de violence
auquel on est confronté ici est assez raide. Le scénario de Trondheim
et Sfar est déjà extrêmement cru et gonflé, comme par exemple cette
scène du bordel où les soldats viennent "consommer" dans tous les sens
du terme (baiser, tuer et bouffer)... C'est Killofer qui dessine : Ses
livres parus à l'Association avaient révélé son talent pour l'horreur,
pourtant il se surpasse encore et nous offre des dessins qui font
réellement ressentir cette absence de pesanteur et de repères
verticaux propres au monde sous-marin. C'est un album du niveau des
meilleurs Druillet ou Moebius pour ce qui est de l'invention
graphique. Aussi bien cette sensation d'apesanteur que cette
bizarrerie permanente rendent parfaitement la perte de repère que
subit brutalement Noyeuse, plongée dans une horreur dont elle n'avait
pas idée...
--
Mathias Rocher